Semipélagianisme
Même en Occident, malgré les décisions des conciles et des papes, la doctrine d'Augustin ne parvint point à dominer généralement. Les moines surtout s'en trouvaient blessés ou inquiétés. En effet, ils s'imaginaient non seulement accomplir tous les commandements de Dieu, mais même faire plus que Dieu n'exigeait d'eux, tandis que cette doctrine leur déclarait que l'homme ne peut absolument rien faire par sa propre force. Ce fut dans un couvent d'Adrumète (Afrique) que se manifesta la première opposition. Mais à Marseille, il s'en forma une autre, plus durable et plus raisonnée, à laquelle Jean Cassien, disciple de Chrysostome, prit la part la plus importante.
Cassien enseignait que la mort et les maux physiques sont des conséquences de la chute d'Adam, mais que cette chute n'avait point retiré à Adam l'intelligence, la sagesse et la connaissance de la nature dont il avait été doué. Il les avait transmises à la postérité de Seth. Les descendants de Seth ne les perdirent que par suite de leurs mariages avec les descendants de Caïn. Dès lors, ils avaient été entraînés à toutes sortes d'erreurs, de superstitions et de désordres ; et la promulgation d'une loi écrite devint nécessaire. D'autre part, les avantages moraux de l'homme, spécialement ceux qui reproduisent en l'homme l'image de Dieu, telles qu'une entière liberté de volonté et l'absence complète d'antagonisme entre l'esprit et la chair, avaient certainement été fort amoindris par la chute ; mais ils n'avaient pas été anéantis. Cassien ne niait pas le péché originel, mais il ne le concevait point, ainsi qu'Augustin, comme la cause d'une corruption complète. Il n'y voyait que l'affaiblissement de la nature morale de l'homme et prétendait même que cet affaiblissement provenait non uniquement de la chute d'Adam, mais aussi de la dégénérescence résultant des unions des descendants de Seth avec les descendants de Caïn. Ainsi, suivant lui, la liberté existe toujours dans l'homme; il peut, de son propre mouvement, commencer le bien ; mais pour y persévérer, il a besoin de la grâce divine.
Ces opinions eurent beaucoup de succès dans la Gaule méridionale, particulièrement à Marseille et dans les environs de cette ville. C'est pourquoi Augustin, qui les combattit dans ses dernières années, donnait à ceux qui les professaient le nom de Massiliens, auquel les scolastiques substituèrent plus tard celui de Semipélagien ; fort inexactement, car ces théologiens relevaient, non de Pélage, mais des docteurs et des pères de l'Église antérieurs à Augustin.
Les réfutations d'Augustin et l'attaque plus violente encore de Prosper d'Aquitaine ne paraissent point avoir eu alors de succès en Gaule. La plupart des théologiens gaulois, notamment Vincent de Lérins, Fauste de Riez, l'auteur anonyme d'un livre intitulé Predestinatus, et Gennade (Gennadus ) adhérèrent au sémipélagianisme.Ce fut précisément en repoussant les nouveautés que l'augustinisme introduisait dans la foi traditionnelle de l'Eglise, que Vincent de Lérins définit les caractères essentiels de cette foi : quod semper, ubique et ab omnibus creditur. Par respect pour Augustin, ils repoussaient sa doctrine sous le nom de " prédestinianisme ". Les membres d'un concile tenu à Arles en 475 signèrent le traité de Fauste De Gratia Dei et huamanae mentis libero arbitrio. Mais en 520, des moines scythes excitèrent les évêques africains, exilés en Sardaigne, à prendre la défense d'Augustin contre Fauste, mort depuis longtemps. L'un d'eux, Fulgence, évêque de Ruspa (ou Ruspe), écrivit dans ce but un traité De veritate prredestinationis et gracia Dei. Il réussit à faire confirmer la doctrine augustinienne par un concile assemblé à Orange en 519. Dès lors, le semipélagianisme se trouva condamné, même en Gaule ; théoriquement du moins, car en fait, l'Église catholique, sans le professer, a toujours été contrainte de l'appliquer en sa doctrine sur le mérite des oeuvres, surtout des oeuvres surérogatoires.