ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE ABBAYE Origines -Temps des Mérovingiens - Saint Benoît d'Aniane
Saint Benoît d'Aniane Fête le 12 février Naissance vers 750 -----------------Mort vers 814 - Inde ( aujourd'hui Cornelimünster, Allemagne)
La vie
- De son vrai nom Witiza, , fils d'un aristocrate wisigoth, Aigulfe, comte de Maguelone, Benoît est élevé auprès du roi Pépin, comme beaucoup de jeunes gens de noble rang de son époque. Il commence sa carrière en tant que militaire, participant en particulier en 773 aux campagnes italiennes de Charlemagne, le fils de Pépin.
- Ayant été exposé à un grand danger en sauvant son frère, il abandonna le monde et se retira, en 774, à l'abbaye de Saint-Seine-les-Dijon ( Sequanus ) en Bourgogne. Il y fut élu abbé et édifia les moines par ses austérités ; puis comme le régime de ce monastère lui semblait trop relâché, il s'en alla dans le Languedoc, son pays natal, vers 779, et s'établit comme ermite près du ruisseau d'Aniane, affluent de l'Hérault.
- II y acquit une réputation de sainteté qui attira près de lui de nombreux disciples.
- Vers 782, il leur fit construire une église et un monastère, dans un domaine familial, qui aurait contenu plus de trois cents religieux. Après des débuts qui auraient été difficiles, Benoît d'Aniane introduisit la règle de Benoît de Nursie, qui était devenue, à cette époque, le type commun de toutes les constitutions monastiques, Benoît en conserva le nom, mais en y introduisant des dispositions qui en modifiaient et en austérisaient sensiblement le caractère. Cette discipline fut adoptée par la plupart des autres couvents du Languedoc et de la Gascogne, entraînant du même coup la renommée de Benoît et se son monastère, qui devint une vraie pépinière monastique.
- Benoît d'Aniane lutta avec succès contre l'Adoptianisme, considéré comme une hérésie par l'Eglise. Professée par Félix d'Urgel, évêque d'Urgel en Espagne, et Elipand, archevêque de Tolède, elle consiste, en résumé, à tenir le Christ comme Dieu par nature, mais comme homme par adoption de Dieu, en tant que fils. Elipand, professant sur un territoire appartenant aux Maures, ne fut pas inquiété, alors que Félix dut se rétracter en 792, par la condamnation de Ratisbonne. L'Adoptianisme fut réprouvé ensuite solennellement au concile de Francfort en 794, sans que l'on sache si Benoît y faisait partie. Ajoutons enfin qu'Alcuin et Nebridius (Imphridius, Nimphridius, abbé de Lagrasse jusqu'en 800, puis archevêque de Narbonne jusqu'en 828), amis de Benoît, jouèrent un rôle important dans ce combat. En 799, Benoît, accompagné de Nebridius et de Leydrade, archevêque de Lyon, participèrent à une mission envoyée par Charlemagne dans les marches d'Espagne pour mettre fin à l'adoptianisme.
- Vers 815, Louis le Débonnaire, dont il devint l'ami et le conseiller, lui confia l'inspection de toutes les communautés monastiques de l'empire. Désirant l'avoir près de lui, il fonda dans les environs d'Aix-la-Chapelle ( Aquae Grani, Aquisgranum, puis Aachen ) l'abbaye d'Inde aujourd'hui Kornelimünster), dont il lui donna la direction. Il s'y établit avec trente moines de ses amis, et entreprit pour le nord et l'est de l'empire la réforme qu'il avait fait prévaloir dans le midi.
- Un de ses élèves, le moine Ardo, a écrit sa biographie.
- La réforme
- Canton d'Aniane, affiche contemporaine de l'artiste Di Rosa, pour le département de l'Hérault.
- C'est Louis le Débonnaire qui donne le départ de cette réforme, en réunissant une grande assemblée sous la direction de Benoît. Dans le préambule de ses actes, elle prit le titre de concile général. De ses travaux, continués en 817 et 818, il résulta une réorganisation de la vie cléricale et monastique. Le 10 juillet 817, Benoît fit adopter, dans une assemblée d'abbés tenue à Aix-la-Chapelle, une règle qu'il avait rédigée en 80 articles. L'empereur la sanctionna sous le titre de : Capitulare de vita et conversatione monachorum : C'était la règle de saint Benoît, largement complétée de pratiques et règlements minutieux (A ce sujet voir aussi le chapitre : Règle bénédictine ou règle de saint Benoît).
- Le latin utilisé pour la rédaction originelle de la règle, en langue orale, fut considéré comme barbare, et le texte de la règle fut ajusté aux normes classiques. Cest ce «texte reçu» qui fut en usage partout jusquau XXe siècle. Certains auteurs ignorants ont pu même prétendre erronément qu'un texte aussi inspiré n'aurait pu être écrit en langue vulgaire !
- Par ailleurs, on attribue à l'influence de Benoît d'Aniane toutes les réglementations monastiques ou semi-monastiques, décrétées à Aix-la-Chapelle de 809 à 817. De même, c'est à cette occasion que le plan de Saint-Gall est désigné comme modèle au plan des abbayes de la chrétienté pendant très longtemps
- Les synodes d'Aix-la-Chapelle sont un tournant dans la vie monastique occidentale, et dans la chrétienté tout court. Benoît d'Aniane est chargé par l'empereur d'être le grand réformateur de l'Eglise, et c'est ainsi qu'il compose plusieurs écrits à cet effet, qui étaient censé faire autorité dans tout l'Empire.
- La réforme engagée cherche d'abord à harmoniser règles et liturgies, ce qui passe par la généralisation de la règle de Saint Benoît et l'usage de la liturgie romaine, qu'avait déjà voulu imposer Charlemagne, demandant par ailleurs aux membres des monastères de se considérer comme moines ou chanoines. Il était demandé aux premiers d'accepter une vie commune en permanence, la séparation d'avec le monde, des pratiques ascétiques, l'observance de l'office selon la règle bénédictine. Les seconds devaient se conformer à une règle moins exigeante (ils ne sont, par exemple pas coupés du monde), et cette règle avait été définie par Chrodegang, évêque de Metz vers 751-755, avec célébration de l'office romain.
- La réforme vise aussi à réagir contre la sécularisation des monastères, qui sont conviés à abandonner leurs activités annexes : il s'agit surtout de l'enseignement dans des écoles destinées en principe aux novices, mais où des enfants de l'aristocratie qui ne persévéraient pas nécessairement dans la vie religieuse pouvaient apprendre à lire et à écrire. Cette injonction fut dans l'ensemble peu suivie et dans beaucoup de régions, les abbayes restent jusqu'au XIIe siècle les principaux lieux (sinon les seuls) d'élaboration et de transmission de la culture savante, profane et sacrée.
- D'autre part, le christianisme se développant dans des contrées très différentes par leur culture et leur climat, la règle de Benoît est adaptée en ce sens : Avec l'expansion des monastères septentrionaux, par exemple, on accorde l'utilisation du gras animal, des vêtements adaptés à la rigueur du climat, etc...) La réforme vise aussi à redéfinir l'activité des moines, où la part de la liturgie deviendra prépondérante, ainsi que la part contemplative, au détriment des activités apostoliques ( laissées aux chanoines) ou manuelles, qui avaient une large place dans le monachisme anglais et germanique. Ces changements voulus bouleversaient la vie des moines et mettront beaucoup de temps à s'opérer dans l'ensemble de la communauté monastique. Comment, par exemple, selon une "Supplique des moines de Fulda adressée à l'empereur Charles", demander aux monastères des Gaules d'abandonner une grande partie de ces psaumes "que nos pères ont l'habitude de réciter pour les vivants et les morts" ?
- Ajoutons enfin que des laïcs ont pu participer à cette réforme. Ce fut peut-être le cas du comte du Vivarais Eribert qui, en 804, aurait fondé le monastère de Cruas, au bord de la Crule, en échange de quoi Benoît d'Aniane aurait fourni le contingent de moines nécessaire à la vie de l'abbaye, dont Louis le Pieux avait assuré la protection en 817.
- Cette nouvelle partition est un des témoins de la naissance de la féodalité, en ce qu'elle cherche à imposer aux hommes une place bien précise à occuper dans la société. Pour le cas qui nous occupe, elle est à la fois oeuvre des évêques, qui cherchent à s'opposer à l'indépendance des monastères et des monarques, qui voudraient voir les moines se consacrer exclusivement au salut des âmes (surtout des leurs biens sûr!) par l'intercession, la prière.
- Précisons, pour finir, que toutes les communautés ne se sont pas soumises d'emblée à toutes les prescriptions nouvelles, et ceci en raison de nombreux facteurs :
- - La règle prévoit la libre élection de l'abbé mais la réalité était bien différente, qui voyait souvent le propriétaire de l'abbaye désigner l'abbé de son choix. Ainsi, les propriétaires Carolingiens, qui avaient pris sous leur protection la plupart des monastères, décidaient si la communauté monastique élisait son chef ou si ce dernier était nommé par eux. C'est ainsi que commença de se développer la commende, où les abbés laïques profitent de l'immunité et des revenus parfois colossaux de l'abbaye.
- - le délitement du pouvoir impérial au cours du IXe siècle, à la fois par la montée en puissance des pouvoirs féodaux
- - le chaos résultant des ravages causés par les Sarrasins et autres Normands.
- - l'arrêt brutal des mesures de centralisation et de surveillance, qui avaient été concentrées entre les mains de Benoît et qui cessèrent après sa mort. Le monachisme retomba donc pour beaucoup dans l'individualisme des couvents, à l'exception de ceux qui avaient été fondés ou réformés par Benoît lui-même.
- - de nombreux monastères refusèrent d'adopter la règle bénédictine et certaines d'ente-elles se transformèrent en communautés canoniales ( de chanoines) et d'autres ne seront pas réformées avant le Xe et même le XIe siècles, moment où la réforme de Witiza commencera de s'inscrire dans la durée. Le culte de saint Benoît lui-même n'est pas, hors de Fleury, spécialement important, les moines étant attachés au saint lié à leur propre sanctuaire, sur la base duquel s'est souvent érigé leur couvent.
Sources :
http://www.mnet.fr/causses-et-vallees/St-Benoit.htmhttp://www.newadvent.org/cathen/02467a.htm http://carlit.univ-perp.fr/web/RCH/LSH/HARTS/nebridius.htm http://www.mnet.fr/fdaniau/Aniane/Aniane3.htm http://www.cg34.fr/nndirosa/html_tableaux/Aniane.htm