- Le texte suivant est extrait du passionnant article de Daniel Castille, sur le tombeau de Childéric, sur le site :
- http://www.esonews.com/auteurs/Childeric1.asp
- "Tout ce que nous connaissons de cette surprenante découverte qui se révèlera être un tombeau royal mérovingien, celui de Childéric, roi des Francs, nous le devons aux travaux de labbé Cochet (Le tombeau de Childéric I°, roi des Francs, 1859), mais surtout à linventaire, certes sommaire, quen fit le médecin-antiquaire Jacques Chiflet*, présent sur les lieux dès le lendemain, soit le 28 mai 1653. Cest ce jour là quil signale que, parmi les objets retrouvés, figure un sceau royal, un anneau sigillaire qui permet didentifier et dauthentifier immédiatement la tombe. Cette précision est importante, nous verrons pourquoi. Cette tombe affirme Chiflet nest autre que celle du roi Chidéric I°, roi des Francs (458-481), le fils du légendaire Mérovée et père de lillustre Clovis et cest bien le sceau royal qui permet cette affirmation."
"Les abeilles du tombeau de Childéric ont été récupérées comme symbole, ou comme voulant être le Symbole des rois mérovingiens, par une classe de chercheurs de la para-histoire ou de la petite histoire parfois pleine denseignements. En effet, certains auteurs à succès nont pas hésité à prêter un caractère ésotérique à ces représentations dinsectes hyménoptères aculéates et leurs exagérations parfois outrancières montrent bien quils nont jamais eu sous les yeux les représentations de monuments retirés de la tombe de Childéric ou alors que cest à dessein quils en ont changé quelques détails typiques.Nous commencerons avec le point de vue, intéressant par ses non-dits, dun mouvement quon peut qualifier sans exagération ni connotations singulières de néo-mérovingien, le Cercle saint Dagobert II qui, dans son numéro 11 (février 1994) de sa revue, nous entretient du mythe des abeilles, de Childéric, de Napoléon, mais aussi, curieusement, de saint Bernard de Clairvaux. Lexposé se termine ainsi : « Les abeilles du manteau impérial sont aussi mystérieuses pour moi
quelles durent lêtre pour le poussiéreux Childéric et pour Napoléon lui-même, aussi parfaitement indevinable que les énigmes de Salomon ou les paroles de lEvangile. »Le sceau du Cercle représente labeille et sil y avait matière à exposer labeille comme élément essentiel du symbolisme représentatif mérovingien, le président-fondateur, en loccurrence monsieur Vazart, ny aurait pas manqué.
Cette digression amusante posée, intéressons-nous à une étude plus difficile, celle de M. le baron de Baye (note sur les bijoux barbares en forme de mouche) lue lors de la séance du 9 mai 1894 de la Société Nationale des Antiquaires de France. En compressant fortement ce texte, ce dont le lecteur ne nous tiendra pas rigueur,nous pouvons dire que lHistoire est jalonnée, de lOrient à lOccident, déléments non seulement ethniques mais aussi artistiques, traçant comme une voie lumineuse le chemin des invasions.Le point de départ de cette étude est, bien évidemment, le mobilier funéraire sorti du tombeau de Childéric. Ce travail dérudit est plus particulièrement axé sur les abeilles appelées aussi mouches. Ces abeilles sont des bijoux en or avec des grenats incrustés ou cloisonné, ce qui est caractéristique de lart industriel mérovingien.
Des quelques trois cents abeilles dor que renfermait le tombeau, il ne nous en reste plus que deux, depuis le vol de 1831. Mais ces deux exemplaires sont riches denseignements et vont apporter aux chercheurs des renseignements historiques du plus grand intérêt. Ces abeilles rescapées sont deux bijoux bien différents, ce que lon ne souligne pas assez dans les études modernes et si, pour lune, le travail est soigné, voire élégant, que lon peut comparer avec celui de lépée royale, lautre est beaucoup plus sommaire. Nous verrons ce que cette constatation va nous apprendre par la suite.La première abeille-bijou est effectivement dun travail soigné, son cou est strié, le corselet côtelé et strié, et les yeux sont incrustés de verre grenat. Chiflet appelait ces abeilles : apes oculatae. Lautre bijou est dune facture simple, sommaire ; le corselet et les yeux sont absents et Chiflet les nommait : apes coecae.
Nous savons que ces deux abeilles furent recueillies avec leur quelques 298 consoeurs le 27 mai 1653, il ny a aucun doute, par contre, ce que nous ne savons pas, cest la proportion de ces insectes dans chacune des deux classes.
Ce que nous savons aussi, cest que ces abeilles furent ramassées à deux endroits différents de la tombe et non pas toutes auprès du corps du roi franc.
Cest là que nous regrettons le manque de protocole et la naïveté des premiers chercheurs.
Donc, ce qui est remarquable, ce nest pas tant la finesse du travail effectué sur les abeilles du genre apes oculatae que lexécution des abeilles aveugles (coecae) au point quon sest longtemps interrogé sur ces ébauches assimilées parfois bien vite à des proto-fleurs de lis capétiens.
Ces deux techniques dorfèvrerie renforcent une hypothèse de travail très sérieuse qui voudrait que les abeilles oculatae devaient orner le manteau dapparat de Childéric, tandis que les simulacres dabeilles ou de mouches auraient habillé la couverture et le harnachement du cheval royal dont
la tête figure dans linventaire de Chiflet. Diverses fouilles sur les sites mérovingiens ont livré des plaques et des contre-plaques de ceinturons, en bronze étamé, avec dessus des dessins en creux considérés comme des réminiscences des abeilles de Childéric.
Si dans ce cas là il ne sagit pas de bijoux-abeille proprement dit, lornementation dune plaque de ceinturon avec cet insecte devait, cependant, revêtir une certaine importance.M. le baron de Baye de signaler, quà son époque, il ne connaît de bijou à la ressemblance des mouches-abeilles de Childéric et issu du sol de France, que la fibule de Lyon en or incrustée de grenats.
Les érudits de cette époque nhésitaient pas devant de longs voyages si la recherche en valait la peine. Cest ainsi que M. le baron de Baye se rendit au musée national hongrois de Budapest qui détenait une importante série de broches en forme de mouche ou de cicades (cigales). Elles provenaient de Transylvanie appelée au III° et IV° siècles ; la Gothie.
Dautres représentations étaient originaires de la Pannonie et des régions adjacentes. Il put constater que certaines parures en bronze, en argent ou en or enrichies de grenats se rapprochaient des abeilles de Childéric. Ces éléments variés, en conclut-il nen formaient pas moins une famille
remarquable.Si nous passons de la Hongrie aux côtes de la mer Noire ou de la mer dAzov, nous trouvons de nombreux documents comparables et de valeurs identiques. La Crimée, par exemple, a fourni de nombreux exemples prouvant quaprès la décadence des colonies grecques, un art différent sétait formé. « Ce nouveau venu, tout en conservant quelques procédés industriels, quelques caractères ornementaux de son devancier, revêtait loriginalité du style apporté plus tard par les Barbares en Dacie, en Pannonie, etc. et enfin en Gaule. »
A Saint-Pétersbourg existait une paire de fibules semblables, provenant dun tombeau ouvert dans une nécropole, près de Chersonèse. Dautres bijoux-abeille sont à ranger dans la même catégorie
quoiquon puisse y voir une dégénérescence certaine. Sur ces bijoux la tête de linsecte est exagérément grossie et les lignes de formes exagérées; lextrémité des ailes se recourbe légèrement et le tout est en or et pierreries. Fibules à rayons, fibules à tête doiseau héraldique se retrouvent
donc dans le Caucase et un dernier exemple fermera cette énumération. Il sagit dune fibule-mouche ossète, en argent, revêtue dune plaque dor. Les yeux sont formés de sardoines et les ailes refermées sont ornées de semblables pierres ; leur extrémité est recourbée.
Le travail de M. le baron de Blaye comprend une note additionnelle sur deux mouches ; lune provient du comté de Suffolk, extraordinaire daspect, et lautre, qui provient de Chersonèse. Ces deux monuments ne sont pas sans rappeler la forme royale capétienne.Ainsi ces mouches, ces abeilles ou ces cigales restent et resteront un mystère, des objets insolites comme dautres dont nous allons parler dans la suite de cette étude. Mais pour linstant, je ne peux
résister au plaisir de vous faire partager une anecdote qui clôture létude du Cercle néo-mérovingien citée plus haut :
« Une légende corse dit quà la naissance de lempereur Napoléon I°, une reine et un essaim dabeilles virevoltaient devant la fenêtre de la chambre ; La reine entra, se posa quelques instants sur le nourrisson futur empereur et redécola. Par cet acte, elle donna ce signe de prédestination que seuls reçoivent les êtres ayant reçu mission de conduire une Nation. »
Cette légende est révélatrice dune certaine pensée contemporaine, surtout si, en connaisseur, on observe le parallélisme évident comme à dessein, entre labeille mérovingienne de la ville de Stenay et la représentation de labeille du razès wisigoth (et par induction de Rhedae). Mais ceci est une autre histoire.Je préfère rester sur une conclusion dEdouard Salin (La civilisation mérovingienne. Tome 4 : les croyances) :
« La cigale mérovingienne évoque lidée dimmortalité et elle est plus ou moins, indirectement, un héritage de traditions venues dExtrême-Orient apportées par le monde des steppes. »
- Inventaire de Jacques Chifflet, 1665
- Planche sur les abeilles (ou cigales) de Childéric
* "Qui est J. J. Chifflet ? Né à Besançon en 1558, il fait des études de médecine à Montpellier et Padoue, voyage en Italie, et exerce sa profession, ainsi que celle d'historiographe, au service de la cours des Habsbourg, en Espagne et aux PaysBas. Il a publié de nombreux ouvrages consacré au Saint Suaire de Besançon, comme à l'histoire de l'ordre de la Toison d'Or.
Outre son travail sur la découverte de Tournai, comme "archéologue", il a publié une étude sur le lieu d'embarquement choisi par César pour partir à la conquête de la Grande Bretagne ( Portus Iccius Julii Caesaris demonstratus, Madriti, 1626), et une grande histoire de Besançon antique (Vesontio civitas imperialis libera, Sequanorum metropolis .... Lugduni. 1650)."extrait de : http://www.area-archives.org/virtual-exhibition-fr/chifflet.htm
sources :
- - http://gallica.bnf.fr/scripts/mediator.exe?F=C&L=07700172&I=1 (abeilles or grenat)
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