ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
 

-ABEILLE
-LES ABEILLES ET LES HOMMES

LE MOYEN-ÂGE

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Tombe de Childéric 7
or (tête et thorax) et grenats (ailes) montés sur paillons. Une attache au revers.
1,95 g , 16 x 10,5 mm
BNF Richelieu Monnaies, médailles et antiques exemplaire unique.

Des 300 abeilles (ou cigales) trouvées dans le tombeau de Childéric, il n'y en a plus officiellement que 27 répertoriées en 1665, et...2 aujourd'hui.

 
 
 

LE TOMBEAU DE CHILDERIC
et
les abeilles


Le texte suivant est extrait du passionnant article de Daniel Castille, sur le tombeau de Childéric, sur le site :
http://www.esonews.com/auteurs/Childeric1.asp

"Tout ce que nous connaissons de cette surprenante découverte qui se révèlera être un tombeau royal mérovingien, celui de Childéric, roi des Francs, nous le devons aux travaux de l’abbé Cochet (Le tombeau de Childéric I°, roi des Francs, 1859), mais surtout à l’inventaire, certes sommaire, qu’en fit le médecin-antiquaire Jacques Chiflet*, présent sur les lieux dès le lendemain, soit le 28 mai 1653. C’est ce jour là qu’il signale que, parmi les objets retrouvés, figure un sceau royal, un anneau sigillaire qui permet d’identifier et d’authentifier immédiatement la tombe. Cette précision est importante, nous verrons pourquoi. Cette tombe affirme Chiflet n’est autre que celle du roi Chidéric I°, roi des Francs (458-481), le fils du légendaire Mérovée et père de l’illustre Clovis et c’est bien le sceau royal qui permet cette affirmation."

"Les abeilles du tombeau de Childéric ont été récupérées comme symbole, ou comme voulant être le Symbole des rois mérovingiens, par une classe de chercheurs de la para-histoire ou de la petite histoire parfois pleine d’enseignements. En effet, certains auteurs à succès n’ont pas hésité à prêter un caractère ésotérique à ces représentations d’insectes hyménoptères aculéates et leurs exagérations parfois outrancières montrent bien qu’ils n’ont jamais eu sous les yeux les représentations de monuments retirés de la tombe de Childéric ou alors que c’est à dessein qu’ils en ont changé quelques détails typiques.

Nous commencerons avec le point de vue, intéressant par ses non-dits, d’un mouvement qu’on peut qualifier sans exagération ni connotations singulières de néo-mérovingien, le Cercle saint Dagobert II qui, dans son numéro 11 (février 1994) de sa revue, nous entretient du mythe des abeilles, de Childéric, de Napoléon, mais aussi, curieusement, de saint Bernard de Clairvaux. L’exposé se termine ainsi : « Les abeilles du manteau impérial sont aussi mystérieuses pour moi
qu’elles durent l’être pour le poussiéreux Childéric et pour Napoléon lui-même, aussi parfaitement indevinable que les énigmes de Salomon ou les paroles de l’Evangile. »

Le sceau du Cercle représente l’abeille et s’il y avait matière à exposer l’abeille comme élément essentiel du symbolisme représentatif mérovingien, le président-fondateur, en l’occurrence monsieur Vazart, n’y aurait pas manqué.
Cette digression amusante posée, intéressons-nous à une étude plus difficile, celle de M. le baron de Baye (note sur les bijoux barbares en forme de mouche) lue lors de la séance du 9 mai 1894 de la Société Nationale des Antiquaires de France. En compressant fortement ce texte, ce dont le lecteur ne nous tiendra pas rigueur,nous pouvons dire que l’Histoire est jalonnée, de l’Orient à l’Occident, d’éléments non seulement ethniques mais aussi artistiques, traçant comme une voie lumineuse le chemin des invasions.

Le point de départ de cette étude est, bien évidemment, le mobilier funéraire sorti du tombeau de Childéric. Ce travail d’érudit est plus particulièrement axé sur les abeilles appelées aussi mouches. Ces abeilles sont des bijoux en or avec des grenats incrustés ou cloisonné, ce qui est caractéristique de l’art industriel mérovingien.
Des quelques trois cents abeilles d’or que renfermait le tombeau, il ne nous en reste plus que deux, depuis le vol de 1831. Mais ces deux exemplaires sont riches d’enseignements et vont apporter aux chercheurs des renseignements historiques du plus grand intérêt. Ces abeilles rescapées sont deux bijoux bien différents, ce que l’on ne souligne pas assez dans les études modernes et si, pour l’une, le travail est soigné, voire élégant, que l’on peut comparer avec celui de l’épée royale, l’autre est beaucoup plus sommaire. Nous verrons ce que cette constatation va nous apprendre par la suite.

La première abeille-bijou est effectivement d’un travail soigné, son cou est strié, le corselet côtelé et strié, et les yeux sont incrustés de verre grenat. Chiflet appelait ces abeilles : apes oculatae. L’autre bijou est d’une facture simple, sommaire ; le corselet et les yeux sont absents et Chiflet les nommait : apes coecae.

Nous savons que ces deux abeilles furent recueillies avec leur quelques 298 consoeurs le 27 mai 1653, il n’y a aucun doute, par contre, ce que nous ne savons pas, c’est la proportion de ces insectes dans chacune des deux classes.
Ce que nous savons aussi, c’est que ces abeilles furent ramassées à deux endroits différents de la tombe et non pas toutes auprès du corps du roi franc.
C’est là que nous regrettons le manque de protocole et la naïveté des premiers chercheurs.
Donc, ce qui est remarquable, ce n’est pas tant la finesse du travail effectué sur les abeilles du genre apes oculatae que l’exécution des abeilles aveugles (coecae) au point qu’on s’est longtemps interrogé sur ces ébauches assimilées parfois bien vite à des proto-fleurs de lis capétiens.
Ces deux techniques d’orfèvrerie renforcent une hypothèse de travail très sérieuse qui voudrait que les abeilles oculatae devaient orner le manteau d’apparat de Childéric, tandis que les simulacres d’abeilles ou de mouches auraient habillé la couverture et le harnachement du cheval royal dont
la tête figure dans l’inventaire de Chiflet. Diverses fouilles sur les sites mérovingiens ont livré des plaques et des contre-plaques de ceinturons, en bronze étamé, avec dessus des dessins en creux considérés comme des réminiscences des abeilles de Childéric.
Si dans ce cas là il ne s’agit pas de bijoux-abeille proprement dit, l’ornementation d’une plaque de ceinturon avec cet insecte devait, cependant, revêtir une certaine importance.

M. le baron de Baye de signaler, qu’à son époque, il ne connaît de bijou à la ressemblance des mouches-abeilles de Childéric et issu du sol de France, que la fibule de Lyon en or incrustée de grenats.
Les érudits de cette époque n’hésitaient pas devant de longs voyages si la recherche en valait la peine. C’est ainsi que M. le baron de Baye se rendit au musée national hongrois de Budapest qui détenait une importante série de broches en forme de mouche ou de cicades (cigales). Elles provenaient de Transylvanie appelée au III° et IV° siècles ; la Gothie.
D’autres représentations étaient originaires de la Pannonie et des régions adjacentes. Il put constater que certaines parures en bronze, en argent ou en or enrichies de grenats se rapprochaient des abeilles de Childéric. Ces éléments variés, en conclut-il n’en formaient pas moins une famille
remarquable.

Si nous passons de la Hongrie aux côtes de la mer Noire ou de la mer d’Azov, nous trouvons de nombreux documents comparables et de valeurs identiques. La Crimée, par exemple, a fourni de nombreux exemples prouvant qu’après la décadence des colonies grecques, un art différent s’était formé. « Ce nouveau venu, tout en conservant quelques procédés industriels, quelques caractères ornementaux de son devancier, revêtait l’originalité du style apporté plus tard par les Barbares en Dacie, en Pannonie, etc. et enfin en Gaule. »

A Saint-Pétersbourg existait une paire de fibules semblables, provenant d’un tombeau ouvert dans une nécropole, près de Chersonèse. D’autres bijoux-abeille sont à ranger dans la même catégorie
quoiqu’on puisse y voir une dégénérescence certaine. Sur ces bijoux la tête de l’insecte est exagérément grossie et les lignes de formes exagérées; l’extrémité des ailes se recourbe légèrement et le tout est en or et pierreries. Fibules à rayons, fibules à tête d’oiseau héraldique se retrouvent
donc dans le Caucase et un dernier exemple fermera cette énumération. Il s’agit d’une fibule-mouche ossète, en argent, revêtue d’une plaque d’or. Les yeux sont formés de sardoines et les ailes refermées sont ornées de semblables pierres ; leur extrémité est recourbée.
Le travail de M. le baron de Blaye comprend une note additionnelle sur deux mouches ; l’une provient du comté de Suffolk, extraordinaire d’aspect, et l’autre, qui provient de Chersonèse. Ces deux monuments ne sont pas sans rappeler la forme royale capétienne.

Ainsi ces mouches, ces abeilles ou ces cigales restent et resteront un mystère, des objets insolites comme d’autres dont nous allons parler dans la suite de cette étude. Mais pour l’instant, je ne peux
résister au plaisir de vous faire partager une anecdote qui clôture l’étude du Cercle néo-mérovingien citée plus haut :
« Une légende corse dit qu’à la naissance de l’empereur Napoléon I°, une reine et un essaim d’abeilles virevoltaient devant la fenêtre de la chambre ; La reine entra, se posa quelques instants sur le nourrisson futur empereur et redécola. Par cet acte, elle donna ce signe de prédestination que seuls reçoivent les êtres ayant reçu mission de conduire une Nation. »
Cette légende est révélatrice d’une certaine pensée contemporaine, surtout si, en connaisseur, on observe le parallélisme évident comme à dessein, entre l’abeille mérovingienne de la ville de Stenay et la représentation de l’abeille du razès wisigoth (et par induction de Rhedae). Mais ceci est une autre histoire.

Je préfère rester sur une conclusion d’Edouard Salin (La civilisation mérovingienne. Tome 4 : les croyances) :
« La cigale mérovingienne évoque l’idée d’immortalité et elle est plus ou moins, indirectement, un héritage de traditions venues d’Extrême-Orient apportées par le monde des steppes. »


 
Inventaire de Jacques Chifflet, 1665
Planche sur les abeilles (ou cigales) de Childéric


* "Qui est J. J. Chifflet ? Né à Besançon en 1558, il fait des études de médecine à Montpellier et Padoue, voyage en Italie, et exerce sa profession, ainsi que celle d'historiographe, au service de la cours des Habsbourg, en Espagne et aux PaysBas. Il a publié de nombreux ouvrages consacré au Saint Suaire de Besançon, comme à l'histoire de l'ordre de la Toison d'Or.
Outre son travail sur la découverte de Tournai, comme "archéologue", il a publié une étude sur le lieu d'embarquement choisi par César pour partir à la conquête de la Grande Bretagne ( Portus Iccius Julii Caesaris demonstratus, Madriti, 1626), et une grande histoire de Besançon antique (Vesontio civitas imperialis libera, Sequanorum metropolis .... Lugduni. 1650)."

extrait de : http://www.area-archives.org/virtual-exhibition-fr/chifflet.htm




sources :