ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
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Le temps des mutations, fin IXe - XIe siècles

 
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Les réformes monastiques
 

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Le mouvement réformateur de CLUNY est en effet, le plus emblématique, et incontestablement le plus important de cette dynamique de renouveau. Cela ne doit pas nous faire oublier que de nombreux foyers de réforme ont existé, nés en même temps que celui de Cluny, et qui ont, assurément, joué un rôle non négligeable, à commencer Fleury, dont l'activité réformatrice, dynamisée par Odon de Cluny, commence vers 930. Puis, dès 934/935, divers courants réformateurs agitent la Lotharingie, la future Lorraine, dont le courant le plus important est sans conteste celui de Gorze, mais aussi Brogne, de Saint-Maximin de Trèves, de Saint-Evre de Toul, de Saint-Vanne de Verdun, de Stavelot. Mais la Lotharingie, toute dynamique qu'elle fût, n'a pas le privilège exclusif de la réforme. Maints autres foyers se feront l'écho de cet élan réformateur : Ainsi en Auvergne,
" (...) Étienne II de Clermont, abbé de Conques, devenu évêque... s’entoure du conseil des abbés d’Issoire et de Mozac, ménage Brioude. (...) Guy d’Anjou, évêque du Puy, lui aussi ancien abbé (de Cormery)...fait des abbés et même des évêques de ses chanoines du chapitre cathédral. (...) Godechaud du Puy, ancien moine d’Aurillac et abbé de Saint-Chaffre, est un réformateur et un voyageur... Godechaud agit de concert avec l’abbé Dalmas de Beaumont pour restaurer Saint-Chaffre et Chamalières; (...) Ces prélats ont de surcroît ce rien d’habileté, de finesse, qui manquera à leurs successeurs de l’époque grégorienne, et qui leur permet, en pleine mutation féodale de garder une mentalité antique, de la traduire dans leur action pastorale, tout en s’adaptant aux circonstances politiques et aux bouleversements sociaux du temps. Ils sont vassi regales ou se comportent comme tels".

Extrait de la page web : http://www-droit.u-clermont1.fr/Recherche/CentresRecherche/Histoire/gerhma/these3a.pdf

On trouve de nombreux autres foyers de réforme : A l'étranger, citons La Cava en Italie, vers 1049, Hirsau en Forêt Noire (vers 1059), où l'abbé Guillaume le Bienheureux (1071-1091) fait rédiger des coutumes, Saint-Dunstan en Angleterre (vers 969) etc.... En France, à Saint-Michel-de-Cuxa (avec Garin de Lézat, 965-998), Saint-Victor de Marseille ( avec Isarn) ou, un peu plus tard, La Chaise-Dieu, fondée par Robert de Turlande en 1043 pour des besoins ascétiques et érémitiques, mais qui retournera assez rapidement au cénobitisme et deviendra, à compter de la fin du XIe siècle, sinon un ordre, une congrégation importante dont dépendra nombre de prieurés : Saint-Nectaire, Montverdun, Moingt en Auvergne, mais aussi Gaillac ou Faverney en Bourgogne, et même Frassinoro et Borzone en Italie. D'autres réformes auront aussi pour objet, tout le long la question de l'érémitisme, mais de manière plus durable. ces courants seront examinés dans un chapitre à part : Le renouveau de l'érémitisme
 
 

FLEURY-SUR-LOIRE
LA REFORME LOTHARINGIENNE
INTRODUCTION
BROGNE
GORZE
SAINT-VANNE et STAVELOT
SAINT-MAXIMIN DE TREVES
SAINT-EVRE DE TOUL
SAINT-VICTOR DE MARSEILLE
 
GUILLAUME DE VOLPIANO
 

FLEURY-SUR-LOIRE (parfois appelée Saint-Benoît sur Loire)
 

Le mouvement réformateur de l'abbaye royale de Fleury-sur-Loire est amorcé par la réforme du monastère même par Odon de Cluny en 930. Fleury devint comme beaucoup de monastères, une abbaye modèle, mais se distinguait par son influence prépondérante et de sa place culturelle : Fleury devint ainsi un centre réformateur d'importance, exerçant son influence sur la Lorraine, le Val de Loire, la Bretagne, la Normandie et l'Angleterre. Un peu plus tard, nous le verrons plus tard, elle sera une école de savants qui rayonnera un peu partout en Europe. C'est surtout Abbon de Fleury qui travaillera, dès 980 à libérer les monastères des tutelles laïques ou du contrôle de l'Ordinaire (l'évêque), afin de les mettre directement sous l'autorité papale. Ce sera chose faite pour l'abbaye même de Fleury, qui dépendait de l'évêque d'Orléans Arnoul, avec qui Abbon entre en conflit, l'affaire se terminant bien pour Abbon, puisqu'il obtint du pape GrégoireV l'exemption de son abbaye en 987.
 

 
LA REFORME LOTHARINGIENNE
 

INTRODUCTION
 

Ne nous étonnons pas que la Lotharingie ait été le théâtre des grandes opérations réformatrices du Xe siècle. Cette région a toujours été un axe commercial entre l'Italie et la mer du Nord, des Alpes aux ports flamands et anglais, en passant par les vallées du Rhône, de la Saône, de la Moselle et de la Meuse. Ce qui deviendra la Lorraine fut très romanisée, puis moyennement germanisée et, de fait, baignait de manière féconde dans deux cultures. En Germanie, justement, les trois Otton (Othon), Henri II et Henri III se sentent investis d'une grande mission, celle d'unir à la fois spirituellement et politiquement l'Empire, sous leur monarchie sacrée.
 

BROGNE

Né à Stapsoul, près de Stave, dans le comté de Namur, vers 898 et mort à Brogne ou Saint-Gérard, le 3 octobre 959, Gérard appartient à la famille des ducs de Basse Austrasie Inférieure. Fils de Stance et de Plectrude, sœur de Stéphane, évêque de Liège, le jeune Gérard, comme la plupart des hommes de son rang, a suivi d'abord la carrière des armes (vers 917, le Compte Béranger de Namur le charge d'une mission pour Robert, le frère plus jeune d'Eudes, le Roi de la France). Sa piété, cependant, se remarquait au milieu des camps militaires. Un jour, alors qu'il revenait de la chasse, il passa devant l'église de Brogne, y entra et demanda à entendre une messe....mais s'endormit avant l'arrivée du prêtre. Il eut alors un songe, dans lequel il vit saint Pierre se promenant dans la campagne. Ce dernier l'invita à construire un oratoire, pour y faire venir les reliques d'Eugène, évangélisateur de Tolède, ami de saint Denis et martyr à Paris. Au réveil, Gérard se promit d'obéir à l'apôtre, ce qui fut fait au mois d'août 919, par la translation des reliques d'Eugène, de Paris à Brogne.

Il transforma en une grande église la modeste chapelle placée sur une propriété qui appartenait à sa famille, et vers 919, il fonda le monastère de Brogne (aujourd'hui Saint-Gérard), près de Namur, dont il sera l'abbé vers 923. En 930, à la demande du comte Armand de Flandres et du duc de Lotharingie, Giselberg, Gérard introduisit la réforme monastique en Belgique et en France. Il réforma à la demande du Marquis de Flandre, Arnoul Ier, les abbayes d'Arras (Saint-Vaast) et de Saint Omer (Saint--Bertin), de Saint-Ghislain en Hainaut.
Le comte Arnoul de Flandre souffrait de la gravelle. Il appela Gérard auprès de lui, qui le persuada de partager ses biens et de jeûner. Le prince guérit et demanda alors à Gérard comment le remercier. Il demanda les moyens de réformer les monastères de Gand, Saint-Bavon et Saint-Pierre de Gand. Cette dernière, à son tour, introduisit la règle bénédictine à Saint-Wandrille (Fontenelle), au Mont Saint-Michel, à Saint-Ouen de Rouen. Ces réformes eurent des échos en Angleterre, en particulier à Glastonbury et Cantorbéry, mais aussi à Saint-Amand, à Salles (Chimay), à Jumièges et Saint-Wandrille, mais aussi à Saint-Rémi de Reims, sous la protection du célèbre archevêque, Adalbéron de Reims (v. 920/930-989), qui fonde en 971 l'abbaye de Mouzon, dans les Ardennes. En 972, il réunit un synode d'évêques et leur donne comme priorité d'action le rétablissement des mœurs monastiques dans toute la province. Il convoque aussi un synode d'abbés, qui sont remis à leur place, surtout sur leurs divergences de vue sur la coutume de vie régulière. Bien sûr, il n'y a qu'une seule règle de saint Benoît...mais différents manuscrits, et différentes coutumes qui lui ont été adjointes et pas très bénédictines dans l'esprit : le droit pour le moine d'avoir un compère, avec qui il pouvait sortir seul avec, en prime, un peu d'argent de poche; la tolérance du luxe et de la légèreté dans le vêtement : "Avec leurs tailles serrées et leurs fesses tendues, ils ont l'air, vus de dos, de prostituées plutôt que des moines", disait-on. Adalbéron continuera sa réforme en donnant un souffle nouveau à l'école cathédrale de Reims : Il appelle pour la diriger Gerbert d'Aurillac, le futur pape Sylvestre II, dont la renommée attire de nombreux et prestigieux élèves, tels Abbon, futur abbé de Fleury, ou Robert, fils d'Hugues Capet.

Mais revenons maintenant à Brogne. Comme à Gorze, que nous allons voir plus loin, les restaurations de Gérard ne sont que des retours à l'esprit d'origine il répare les bâtiments, reconstitue les biens des monastères, édifie des bibliothèques, fait respecter la règle de saint Benoît, mais laisse les moines dans la dépendance des princes et conserve aux abbayes leur autonomie.

Gérard de Brogne permettait à ses disciples de résider à Paris, mais lui-même est allé vivre à l'Abbaye de Saint-Denis, où il avait été si frappé par les vies édifiantes des moines que, suite à sa mission, et avec le consentement du Compte de Namur et l'Évêque Stéphane, son oncle maternel, il retourna à Saint-Denis, prit l'habit monastique et fut ordonné prêtre onze ans après. Il demanda ensuite l'autorisation de retourner à Brogne, où il remplaça des clercs négligents de la règle par de moines animés d'un vrai zèle religieux. Sur ce, lui-même se retira dans une cellule près du monastère, pour d'austères mortifications. De cette retraite il fut appelé par l'Archevêque de Cambrai qui lui confia la direction de la communauté de Saint-Ghislain, dans le Hainault. Ici aussi, il établit des moines en lieu et place des chanoines, dont la conduite avait cessé d'être exemplaire, et il mit en application la discipline monastique la plus stricte. Il devint progressivement le supérieur de dix-huit autres abbayes placées dans la région entre la Meuse, la Somme et la mer, et par ses efforts, l'Ordre de Saint Benoît fut vite rétabli dans toute cette région. A l'âge où vinrent les infirmités, il plaça des curés ou des abbés dans les monastères dont il avait la charge, pour se retirer à Brogne. Il eut à la fin de sa vie le courage d'entreprendre un voyage à Rome pour obtenir une bulle papale confirmant les privilèges de son abbaye de Brogne. A son retour il fit une ultime visite à toutes les communautés qu'il avait réorganisées et il attendit la mort à Brogne. Sa vie a été écrite au XIe siècle par un moine de Saint-Ghislain et il fut canonisé en 1131 par le pape Innocent Il. Son corps est toujours préservé à l'abbaye de Brogne, appelée depuis Saint-Gérard.
 
Après le départ de Gérard, il ne semble pas que les réformes de Brogne se développent : elles étaient de toute évidence liées à la personnalité même de Gérard.

 
GORZE

Gorze
 

Originaire de Vandières, près de Metz, Jean de Gorze devint abbé de Gorze (968-976) après avoir poursuivi l'œuvre d'Einold, abbé de 934-967, dont l'œuvre souffre un peu de la notoriété acquise de diverses manières : Sa vie, la Vita Johannis, a été écrite par un autre Jean, abbé de Saint-Arnoul, ami de Jean de Gorze, et c'est un document de référence (un manuscrit unique, aussi) pour les débuts de la réforme gorzienne, même s'il est incomplet. Jean de Gorze et l'Archevêque Einold de Toul décideront ensemble de rénover le monastère de Gorze et d'établir une observance bénédictine plutôt stricte, permettant bientôt à l'abbaye (à l'époque en Germanie) de devenir le fer de lance d'une réforme monastique qui s'étendra à toute l'Allemagne. Pourtant, faire passer l'abbaye de Gorze pour une rivale de Cluny est un pas difficilement franchissable. Dans un sens organisationnel, Gorze avait peu de choses en commun avec Cluny et n'a pas réussi à développer le pendant de l'Ecclesia Cluniacensis. Alors que Cluny était dirigée d'en haut par un archi-abbé, Gorze était seulement le premier monastère d'une lignée d'établissements égaux entre-eux, liés simplement de manière fraternelle, par la prière commune et l'amitié. Personne n'était en droit dans ce schéma de manifester un quelconque contrôle juridique sur quiconque. Par ailleurs, si l'indépendance des abbayes à l'égard des pouvoirs laïcs ou ecclésiastiques était le principal combat que menait les moines à cette époque en Francie, il en était tout autrement en Germanie, où les monastères restaient la propriété des laïcs qui les avaient fondés et étaient sous la juridiction des évêques, qui sont dès le Xe siècle le véritable seigneur des abbayes, qui font partie de ses Eigenkloster, à savoir des monastères privés créés par des seigneurs laïcs ou religieux qui, avec le soutien de l'Eglise, font souvent la bonification des terres incultes. Ces Eigenkloster faisaient partie d'un réseau élaboré de sanctuaires (Eigenkirchen (églises privées), églises épiscopales, abbatiales). Comme à Brogne, aucun réformateur ne cherche l'exemption des monastères, que ce soit Jean de Vandières au Xe siècle, ou Guillaume de Volpiano au XIe. D'autre part, ajoutons que les coutumes allemandes, aussi, étaient différentes de celles de Cluny (comme le témoigne le lectionnaire de Gorze, par exemple) et nous analyserons ces différences relatives à la liturgie dans un chapitre particulier.

Malgré les tentatives de Wolfgang de Ratisbonne* d'évangéliser la Hongrie vers 971, et même si les pratiques liturgiques de Gorze sont reprises en Croatie, où des Bénédictins sont à l'origine de l'adoption par le clergé croate du rite liturgique dit "gorziensis", qui fut introduit en Hongrie au début du XIe siècle par l'abbé Ricard, un moine de l'abbaye de Gorze, la réforme de Gorze a été relativement limitée à la Germanie : Hesse, Souabe et Bavière, mais aussi chez ses vassaux du moment, dans les territoires de la Lorraine, du Luxembourg, de la Belgique et de la Suisse actuels. De Germanie, la réforme fut communiquée aux Saxons du Nord, puis de nouveau au Sud, en Bavière, vers 1022. Cette réforme, cependant, ne fut presque jamais en mesure d'étendre son influence comme a pu le faire l'abbaye de Cluny à divers états d'Europe.

* Wolfgang de Ratisbonne (Wolfang, Volfgang ou Volfangus, v. 925-994): "Moine d'Einsiedeln, puis évêque de Ratisbonne (Regensburg) en Bavière. Il naquit dans le canton des Grisons et dès l'âge de sept ans, il donna les signes précoces de son intelligence. Il fut élève au monastère de Reichenau, puis à l'école ecclésiastique de Wurtzbourg. Appelé auprès de l'évêque de Trèves, il refusa tous les honneurs et devint un excellent éducateur auprès de la jeunesse. De retour en Suisse à l'abbaye de Saint Meinrad, il renonça à ses biens familiaux et s'engagea dans l'Ordre de Saint Benoit. Et c'est de là qu'il fut élu évêque de Regensburg où son influence dépassa vite les limites de son diocèse au point de devenir en même temps conseiller de l'empereur et des évêques voisins".

extrait de : http://nominis.cef.fr/contenus/saints_2111.html

 
En Lotharingie et en Germanie, en tout cas, la diffusion de la réforme est très importante, et toucherait de près ou de loin plus de cent cinquante monastères. Les moines de Gorze se dispersent en différentes abbayes pour les réformer : L'abbaye Saint-Martin devant Metz est réformée en 936 par Salecho, qui y était clerc avant de devenir moine de Gorze. L'abbaye Saint-Hubert est réformée vers 940 par Frédéric, oncle d'Adalbéron, l'évêque messin (Trois ans auparavant, un moine de l'abbaye écrivait la "Vita Beregisi", biographie de saint Bérégise, fondateur du monastère). Saint-Arnoul, de chapitre canonial, passe au statut de monastère régulier vers 942, une nouvelle fois par volonté épiscopale : c'est un des visages de la réforme, aussi. Son premier abbé, Héribert, vient de Gorze, tout comme celui de Gembloux, Erluin. Le monastère de Gembloux fut fondé vers 945 par un des ses amis, Guibert, qui se fera moine à Gorze. Erluin dirigera aussi l'abbaye de Soignies, où les chanoines sont, là encore, remplacés par des moines. A l'abbaye de Lobbes, par contre, Erluin connaîtra un échec.
 
Environ vingt-trois prieurés bénédictins seront créés au XIe siècle en Lorraine, signe du dynamisme des réformes entreprises et de l'essor monastique, dû en partie à l'expansion de l'abbaye de Gorze, qui aura un certain impact sur l'économie lotharingienne. L'abbaye d'Einsiedel devient le pôle de la réforme monastique de Gorze dans la région, qui fera naître ensuite les abbayes de Poussay (1018), de Muri (entre 1027 et 1030), de Bouzonville (1033), de Hermetschwil (vers 1083), de Münster (1086) et d'Engelberg (peu avant 1124), mais on peut aussi citer Moyenmoutier, et plus encore Saint-Evre de Toul, Saint-Maximin de Trèves, dont nous allons dire quelques mots maintenant.

 
Saint-Vanne et Stavelot
 

Aristocrate lotharingien, Richard a commencé une carrière ecclésiastique à Reims avant de s'engager dans la vie monastique à l'abbaye Saint-Vanne de Verdun, sur le conseil d'Odilon de Cluny, son ami. Il y fut élu abbé vers 1004, charge qu'il occupa jusqu'à sa mort. Comme Gérard de Brogne ou Guillaume de Volpiano, il a reformé de nombreux monastères de Lotharingie, de Flandres et de Normandie (incluant certains monastères, tel Saint-Ghislain, déjà reformé par Gérard). Comme eux, aussi, comme Jean de Gorze, et c'est là, avons-nous dit, la différence majeure avec Cluny, il n'a pas conçu d'ordre monastique, et les monastères étaient liés de manière fraternelle et non institutionnelle, à l'exception du fait qu'il prit des dispositions pour qu'un de ses élèves devienne abbé. Il faut ajouter que les traditions germaniques d'indépendance et d'individualité s'opposaient au système d'ordre et de hiérarchie qui émanait de Cluny : Cette dernière se heurta donc à une opposition des communautés monastiques d'outre-rhin.

L'abbaye de Stavelot est réformée vers 938 par Odilon, un moine qui avait été à Verdun, puis à Gorze. Elle eut besoin d'être dynamisée de nouveau au siècle suivant, et ce fut l'action de Poppon. Celui-ci était fils de deux pieux aristocrates, Adalwif et Tizekinus, sa mère, qui se fit moniale après l'avoir élevé. Poppon fut d'abord soldat, puis il fit plusieurs pèlerinages, d'abord en Terre Sainte, puis à Rome. Une nuit, alors qu'il était en route, il vit une flamme illuminer soudain sa tête, et sa lance émit une brillante lumière. Poppon prit cela comme un signe du Saint-Esprit et a commencé à considérer sérieusement à entrer dans les ordres. Il entra à l'abbaye de Saint-Thierry de Reims vers 1005, puis élève de Richard de Saint-Vanne, collaborant avec Richard à restaurer l'observance de la règle bénédictine en différentes maisons, autour de 1008. Il fut Prieur de l'abbaye Saint Vaast d'Arras en 1013, de Vasloges (Beloacum, Beaulieu, diocèse de Verdun) en 1016, puis il fut nommé par l'empereur Henri II abbé général d'un ensemble de monastères lotharingiens (Stavelot en 1020, Saint-Maximin de Trêves en 1022, non sans rencontrer d'opposition de la part de Richard, conseiller de l'empereur, qui avait besoin de sa collaboration. Ce dernier finit par laisser partir Poppon, qui réforma sa propre abbaye avant de réformer les abbayes germaniques d'Hersfeld, d'Echternach, de Weissenburg, de Saint-Maximin de Trèves, dont Poppon devint l'abbé, qui fut elle-même un centre de réforme au début du Xe siècle, ce qui indique bien qu'en la matière, les résultats obtenus n'ont pas un caractère définitif. Poppon réforma aussi les abbayes belges de Saint-Ghislain, de Waulsort, près de Namur, de Hostières, mais aussi Saint-Gall, en Suisse.
A partir de 1030, des évêques ou laïcs qui avaient été élèves de Poppon fondent des monastères qu'ils placent sous sa bienveillance, comme Saint-Laurent de Liège, Saint-Vincent de Metz, Saint-Euchère de Trèves, Hohorst en Hollande, Brauweiler, en Germanie, Saint-Vaast et Marchiennes dans le Nord.
 
SAINT-MAXIMIN DE TREVES

Ici, la réforme est initiée par un laïc, le duc de Lotharingie Gislebert (Gilbert, 860-939) et son extension sera importante, comme nous allons le voir. On veut parfois faire de cette réforme un mouvement gorzien, mais il n'y a pas vraiment d'informations probantes à ce sujet. Certes, la réforme gorzienne est antérieure à celle de Saint-Maximin et elle est très influente, certes on trouve un moine de Gorze dans les effectifs de la communauté réformée, certes les abbés de la mouvance gorzienne assistent à la consécration de la nouvelle abbatiale en 942, mais on ne voit pas une influence décisive des abbés de Gorze dans les monastères réformés par Saint-Maximin, et ceux-ci sont en nombre non négligeable, dont nous répertorions ci-dessous les principales réformes, par ordre chronologique :

 

 937
  Bergen (près de Magdebourg), fondée par Otton Ier

955 
  Saint-Pantaléon de Cologne, fondée par Bruno de Cologne

 957
 Wissembourg (Spire), fondée par Dagobert

972  
  Gladbach (entre Leverkusen et le pays de Berg)

  973
  Echternach. (Dernier abbé laïque de l'abbaye, le comte Sigefroi de Luxembourg [922-998] convainquit l'empereur Othon Ier d'y réintroduire la règle bénédictine. On confia alors l'abbatiat à Ravanger, venu de l'abbaye de Saint-Maximin de Trèves accompagné de 40 moines).

 978
 Tegernsee

vers 1090
 Saint-Emmeran (Emmeranus, Emmeram, Emmeramus, Haimhramm, Heimeran, Haimeran, etc...) de Ratisbonne (Ratisbonna, puis Regensburg), en Bavière. Poitevin, Emmeran était missionnaire et évêque de Germanie, higoumène à Ratisbonne, martyr assassiné par des brigands à Heldendorf ("Village-des-Héros", vers 690).
   
   
   
 

 
SAINT-EVRE DE TOUL (Saint-Epvre lès Toul)
 

 
La réforme de Saint-Evre est décidée par l'abbé Gauzlin, de Fleury et appliquée par un moine de Fleury en 934, Archambaut, bientôt remplacé par Humbert (de 942 à 973), ancien moine de Gorze, puis de Saint-Vanne. La réforme gagne très rapidement l'abbaye de Montier-en-Der dès 935, puis Saint-Mansuy de Toul (fondé sur la tombe de ce premier évêque de Toul), confiée par Gauzlin à l'abbé de Saint-Evre.

 
SAINT-VICTOR DE MARSEILLE

 
Après une période muette, correspondant aux invasions normandes, l'abbaye prend un nouveau départ en 977. En l'an 1000, la communauté est encore bien restreinte, avec ses cinq moines et sans aucune dépendance. En 1009, cependant, le pape Jean XVIII (1003-1009) « exempta* le monastère de toute juridiction, soit des évêques de Marseille, des Vicomtes de cette ville, ou même des Comtes de Provence ». Tout s'accélère à compter de l'abbatiat d'Isarn (1020-1047), un Catalan très offensif, qui se bat pour recouvrer des biens du monastère spoliés par des tyrans et finit par réunir une véritable congrégation victorine autour de 1040, en Provence et en Espagne surtout, composée d'une quinzaine de prieurés, recevant des donations dans tout le pays de langue d'Oc (Languedoc, Pyrénées, Catalogne) et même à l'étranger ( Gênes, Pise, Sardaigne). "Son influence va de Rome jusqu'à Barcelone et tous les regards se tournent vers cet ordre victorin au rayonnement spectaculaire. Vers 1070, le vicomte de Besalù (Catalogne) se range sous la bannière de l'Abbaye de St Victor. En 1088, Alphonse VI donnera à l'Ordre Victorin l'église de St Servan à Tolède, puis le monastère St Sauveur, la villa de Hukella et la villa Moraël".

Extrait de la page web : http://www.philippe-camoin.com/mag_fr/ARCHIVES/origine_et_histoire_2.asp

Disciple d'Isarn, Raimbaud de Reillanne, qui sera archevêque d'Arles en 1030, réformera à son tour et fera triompher la trêve de Dieu à Arles en 1040 aux côtés de l'abbé de Cluny Odilon.

* exemption confirmée par les papes :
- Léon IX (1048 à 1054) en 1050
- Grégoire VII (1073-1085) en 1079, qui réclame « qu'aucun empereur, roi, duc, marquis, archevêque ou évêque, ni aucune puissance humaine ne présume d'y exercer aucune violence, ni aucune juridiction ».
 

 
 
 
Sources :
 
 
http://casimir.kuczaj.free.fr/Francais/Les%20Saints/gerard.htm
http://www.newadvent.org/cathen/06465b.htm
http://casimir.kuczaj.free.fr/Francais/Les%20Saints/gerard.htm
http://www.sudterroirs.com/cousin/boulegue.html
http://histoire.medievale.free.fr/Roman/Saint%20Victor%20de%20Marseille/Saint%20Victor%20de%20Marseille.htm
 
Anne Wagner, Gorze au XIe siècle, aux éditions Brepols,1996.
 
 
 

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