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- PIGMENTS BLEUS (azurium)
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- Guède, pastel
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- glastum
(Pline l'Ancien, Histoire Naturelle,
livres 22 et 26),
- vitrum
(César),
- waisdo
- (Capitulaire de Villis, Charlemagne),
isatic ?
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- planches extraites de la "Historische,
physische und öconomische Beschreibung des Waidtes".
(Description historique, physique et économique de la
guède) de Daniel Gottfried Schreber, Halle 1752.
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Obtenir le bleu indigo d'isatis tinctoria n'était
pas chose aisée : Les feuilles récoltées
sont séchées sous surveillance pour qu'elles ne
pourrissent pas. Les feuilles sont ensuite réduites en
bouillie, de laquelle on récolte une pulpe, qu'on mettait
à sécher 6 à 8 semaines. Pendant ce temps,
la pulpe fermentait, en même temps que les femmes (par
tradition en pays pastelier d'Occitan (Toulouse Albi
Castelnaudary) en faisait de petites boules de 10-15 cm de diamètre,
qu'on appelle "cocaignes" ou "cocagnes",
puis "coques" d'où le nom de "pays de Cocagne".

Une seconde fermentation était nécessaire, plus
délicate que la première : on écrasait à
la meule (voir planche ci-contre, à gauche) et mouillait
les coques sèches, et on vérifiait sans cesse l'homogénéité
de la nouvelle mixture obtenue, qu'on additionnait de purin ou
d'urine humaine pour en accélérer la fermentation
: C'est pour cette raison qu'en 1587 la reine Elisabeth fit interdire
la préparation du pastel à moins de cinq milles
de Londres ! On pulvérisait de nouveau la pâte,
et on obtenait ce qu'on appelait "agranat". De cet
agranat , on tirait un jus verdâtre, qu'on oxydait pour
obtenir, enfin, la teinture indigo du pastel, dont l'agent chromatique
bleu est l'indigotine (un autre, rouge, est l'indirubine) :

sources du texte : http://lautrec.free.fr/pastel.htm |
- L'origine du mot "guède" n'est pas
certaine. Il pourrait dériver d'une racine indo-européenne
: "gheld" qui signifie briller, s'agissant surtout
des matières jaunes (les fleurs de pastel le sont). Il
peut aussi s'agir s"une ville de l'ancienne Rome, Gaudum,
Gualdo, qui cultivait la guède de manière extensive.
Dans tous les cas, l'antique forme a donné glastum,
glastum herba, que l'on trouve
chez les auteurs latins de l'antiquité, qui est à
l'origine, sans doute, du toponyme anglo-saxon Glastonbury, "lieu
de la Guède".
On lit
le nom de cette plante d'abord chez Démocrite, mais aussi
chez Strabon, Pline, etc. Est-ce bien elle que César nomme
vitrum, en rapport avec les Bretons qui se couvrent d'un
bleu extrait de cette plante pour effrayer leurs ennemis ? (La Guerre des Gaules
: "Omnes vero se Britanni vitro inficiunt, quod caeruleum
efficit colorem.") : Ce n'est pas si sûr. D'autres
hommes rendus "bleus" par l'usage de l'indigo sont
des hommes du Sahara, les Touaregs. On les appelle, en effet,
"hommes bleus", car, à l'usage, l'espèce
de chèche qu'ils portent traditionnellement sur la tête,
le "tâgulmust", déteint de sa couleur
indigo sur leur peau.
- Les langues du Nord (notamment
en Picardie) transformant le "g" guttural par "w"
ont donné le germain waizda,
d'où sortira le flamand
waide, waisdre, l'allemand waidtes, puis
waid, mais aussi le latin carolingien waisdo (voir
Capitulaire
de Villis), le hollandais weede,
l'anglais woad, le bas-normand vouède (on
trouve aussi wonède)
- Le vieux français
hérite de la première forme, qui devient guedde
ou guesde, et enfin, guède : c'est le pastel des
teinturiers, l'indigo français ou indigo des teinturiers
L'appellation pastel vient peut-être des langues d'oc,
pasteau, pastel (Languedoc), qui désigne
un gâteau, un morceau de pâte, de même que
pasta (provençal). Certains*
pensent que c'est plutôt du côté du latin
qu'il faut chercher, avec pastellus, lui-même se
rattachant à panis, pain, boule, motte...comme
les cocaignes?
- * Dictionnaire
étymologique de la langue française. Bloch et Wartburg
- PUF 1968
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- Indigo
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- Indicum
- (Indikon en grec)
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- L'indigotier (Indigofera tinctoria)
est un arbuste pouvant atteindre 1.20 m, de la famille des
Fabacées (Fabaceae).Il ne faut pas le confondre avec
Indigofera gerardiana, syn : Indigofera heterantha,
appelé lui aussi indigotier, mais aussi faux indigo.
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- Comme la guède, l'indigotier fournit de l'indigotine,
mais sous une autre forme chimique, et surtout, beaucoup plus
concentrée que sa "rivale". Moins chère
que la teinture indigène, cet indigo véritable
remplacera le colorant médiéval du pastel tout
au long des XVII-XVIIIe siècles.
- "Prenez pour chaque peau une once* d'indigo et rectifiez
la bien avec du vinaigre fort et, pour chaque once d'indigo utilisée,
prendre une foglietta** de vinaigre et y plonger un pinceau ou
la patte d'un lièvre. Appliquer l'un ou l'autre sur les
peaux utilisées, que vous sècherez ensuite à
l'ombre. Recommencez ensuite la même opération et
laissez-les de nouveau sécher : ils seront très
beaux. De plus, si vous faites bouillir un peu le vinaigre avec
l'indigo, la peau sera d'une teinte encore plus brillante et
plus riche."
- Extrait des Secrets des couleurs ("Il
libro dei colori" ou "Segreti per Colori")
traduit et annoté par l'encyclopédiste.
- Ouvrage anonyme du milieu du XVe siècle en ancien
italien. Deux manuscrits sont conservés à Bologne
: Ms 2861 de la bibliothèque de l'université et
Ms 165 à la
bibliothèque des chanoines réguliers de Saint-Sauveur
(Biblioteca dei Canonici Regolari di San Salvatore).
* once : 28,35 g
** pluriel : fogliette (environ 1/2 l)
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- Dans Indikon ou indicum, il y a India,
l'Inde, d'où venait l'indigo.
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- La médecine traditionnelle utilisait les feuilles
et les racines. On lui prêtait des vertus émétiques.
En Chine, on l'utilise comme antipyrétique (contre la
fièvre), hépatique et dépuratif (purifie
le sang en éliminant des déchets). En Afrique du
Sud, la racine broyée sert d'antalgique contre les rages
de dents.
bloc d'indigo
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- Planche extraite de l'ouvrage: "Le parfait
indigotier ou description de l'indigo", d'Elie Monnereau,
Amsterdam
- 1765.
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- "Comme la pourpre, l'indigo n'est
pas soluble à leau, il faut, pour pouvoir teindre,
les dissoudre à laide de produits chimiques réducteurs
(absorbant loxygène) et dalcali. Lindigo
est alors une solution jaunâtre appelée «indigo
blanc» utilisable sur les fibres naturelles. Après
la teinture, on rend à lindigo son insolubilité,
on régénère la couleur par oxydation, en
lexposant à lair. Les tissus, jaunes au sortir
de la cuve, deviennent verts puis bleus.
La quasi-totalité de la teinture est alors fixée
aux fibres, lexcèdent éliminé par
lavage. La teinture à lindigo est solide sur les
lainages, elle résiste médiocrement à la
lumière et aux frottements sur le coton et le lin.(...)
- On suppose que cest en Inde que
les artisans commencèrent à extraire lindigotine
pour
la conserver et lui donner une forme soluble à leau
qui permettrait ensuite la teinture. Ils plaçaient les
végétaux
dans de leau, les y laissaient fermenter. Par le brassage
du bain on y introduisait le plus possible doxygène
et lindigo se déposait au fond. Le liquide était
filtré, bouilli pour être réduit, puis pressé
en blocs.
- Ce nest quau XVe s. que
les teinturiers européens apprirent à réduire
lindigo. Après 1700, fut mise en pratique
la méthode à la chaux et au sulfate de fer, utilisable
à froid, alors que les procédés employés
jusque-là requéraient
une température située entre 40 et 70 °C. Ces
nouvelles méthodes permirent l'impression des textiles
par réserve,
exemple les batiks. De nos jours, dans la teinture artisanale
à lindigo, cest généralement
le dithionite de soude
quon utilise comme réducteur et lammoniaque
ou la soude caustique comme alcali."
- sources : http://perso.club-internet.fr/mybev/indi.html
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- Folium,
- tournesol
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- Torna-ad-soleum
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- Si, d'après le nom latin, on a affaire à
un tournesol, le problème de l'identification se corse
quand on sait que les Anciens appelaient ainsi différentes
plantes "se tournant vers le soleil" ( litt. heliotropion,
en grec).
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- L'helioscopium, cité par Pline et Dioscorides
ne peut pas être rapproché du tournesol que nous
cherchons : il ne fournit pas de couleur et correspond plutôt
à l'Héliotrope d'Europe, l'Heliotropium europaeum,
qui appartient aux Boraginacées (Boraginaceae).
Pline, encore lui, cite le Tricoccum ("Heliotropium
Tricoccum"), qui correspond bien mieux à ce qu'on
cherche, par ailleurs bien défini au XVIIe s. par Pierre
Pomet (1658-99), qui parle de ses baies trilobées, "dont
le jus vert colore naturellement papier ou textile, devenant
bleu-pourpre ou bordeaux, selon qu'on laisse le support sécher
à l'air ou qu'on le trempe ensuite dans de l'eau ou du
vin blanc."
- Histoire generale des
Drogues, simples et composées.. Edition corrigée
& augmentée des doses & des usages par Pomet fils.
- Paris, Ganeau, 1735
Quelle plante appelée tournesol pourrait
donc correspondre au tricoccum de Pline? Probablement
pas, comme on le lit ici ou là, l'orseille,
alias Roccella tinctoria, qui est un lichen (que les
Anciens et les Anglo-saxons appellent encore " litmus")
: c'est sa couleur rouge qui fut surtout utilisée. Pourtant,
exposée à l'air humide et
ammoniaqué et en milieu basique (alcalis, carbonates),
on obtient l'azolitmine...d'une couleur bleue qui pallia parfois,
dit-on, le manque d'indigo :
colorant bleu de l'orseille
- Ce n'est certes pas, ent tout cas, Heliotropium Peruviana,
syn.Heliotropium arborescens, qui n'a aucune propriété
de teinture, à l'image de notre beau tournesol, dont les
graines nous donnent de l'huile, Helianthus annuus.
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- L'espèce qui convient a été identifiée,
c'est Chrozophora tinctoria Juss. (Jussieu), autrefois
Croton tinctorium (ou tinctoria, Linné} ou Tournesolia
tinctoria {Baillon), de la famille des Euphorbiacées
(Euphorbiaceae), natif des pays méditerranéens,
de 10-40 cm de haut. Souvent considérée comme une
mauvaise herbe, elle fut tout de même classée par
le Mesnagier
(Ménagier) de Paris comme aromate (au
milieu d'autres "tournesols").
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- La recettes médiévale de teinture la plus détaillée
se trouve sans doute dans le traité De
Arte Illuminandi qui date de la fin du XIVe siècle
: les graines trilobées doivent être soigneusement
séparées de leurs tiges, serrées dans une
pièce de lin ou de mousseline propres pour en extraire
le jus, la pièce ayant été mise dans de
la lessive additionnée d'oxyde de calcium, puis rincée
et séchée, et enfin trempée dans le jus
de tournesol pendant un jour et une nuit. Vient
- maintenant la partie de rigolade, nous dit en substance le
Napolitain. Dans un lieu sombre humide (tel un sous-
- sol) on met une riche terre de jardin puis "un homme
sain qui a bu du vin urine copieusement sur la terre". Les
tissus imbibés de jus de tournesol sont alors placés
sur un support, pour y sécher dans des vapeurs d'urine
plusieurs jours. Visiblement, l'objet de ce procédé
est d'exposer le support à teindre à un environnement
alcalin, afin de faire monter le niveau de Ph. L'Addition d'une
solution alcaline au jus fixe la couleur dans des tons bleu violacés,
sinon, à l'air sec, les tissus "gâteront"
et deviendront rouges. Nous ne savons
plus vraiment aujourd'hui à quoi ressemble cette teinture
de tournesol.
- Il est intéressant de noter que les manuscrits médiévaux
semblent privilégier l'appellation tournesol à
propos de la couleur bleue obtenue et folium (feuille)
à propos de la couleur rouge bordeaux. Cela n'explique
pas le rapprochement de folium avec notre Chrozophora
tinctoria, une Euphorbiacée appelée communément
"tournesol des teinturiers" : ce serait le "tournesol"
du Ménagier de Paris (XIVe s. rappelons-le),
appelé communément "maurelle".
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- A ce propos, il semble régner une grande confusion
à établir les rapports entre "folium"
et la maurelle (parfois "morelle"), la morella médiévale,
qui se rencontre surtout dans des noms communs de beaucoup de
Solanacées (mais aussi dans garcinia
morella, par exemple). C'est ainsi
que la "morella" médiévale, mentionnée
par Cennini, semble correspondre à solanum nigrum
(morelle noire), une solanacée, alors que la "morella"
des Liber
diversarum artium, Liber de coloribus illuminatorum siue pictorum paraît être notre "faux"
tournesol.
- .
- Pourtant, argumentons ici le fait que
morella désignait et continue de désigner plutôt
les solanaceae. Celles-ci sont connues pour être,
ternes, sombres. Linné ne les qualifiait-elles pas de
"livides"? : cela concerne au premier chef l'étymologie
même de maurelle, "maurellus" : brun comme
un Maure (on dit, d'ailleurs, des chevaux moreaux, une jument
morelle)".
. Cela va plus loin encore :
- "Ainsi la terminologie montre
que les Solanacées font penser à :
- 1) la noirceur : Morelle et aussi Bouton
noir (autre nom de la Belladone) ;
2) la mort : Atropa (Belladone) est dans la mythologie, parmi
les 3 Parques, celle qui coupe la vie. Elle est aussi appelée
Deadly nightshade.
3) le diable : Herbe aux magiciens désigne aussi bien
la Stramoine que la Morelle noire ; la Cerise du diable, c'est
le fruit de la Belladone ;
4) le loup : la Pêche de loup, c'est la Tomate et le Raisin
de loup, c'est le fruit de la Morelle noire."
- extrait de :
- http://perso.wanadoo.fr/bernard.langellier/solanacees/solanacees.htm
- Convaincant, non?
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