ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
  Origines -Temps des Mérovingiens
   
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ABBAYE
--DE
MICY-
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  Abbaye de Micy (Loiret, 45)
  Fondation  vers 501
   Bénédictins
 aucun vestige

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Clovis fait don à Euspicius, un religieux de sa suite, du territoire de Micy, situé dans l'embouchure entre Loire et Loiret, pour y fonder un monastère. Il y attache les bénéfices des domaines de Chaingy et de Ligny. La donation de Micy assure-t-on, outre le périmètre de ce territoire, comprend la propriété de la rivière du Loiret, sur toute la longueur où elle touche ce territoire jusqu'à l'embouchure sur la Loire, le droit exclusif de pêche dans la Loire et celui de prélever une mine de sel sur chaque bateau qui transporte cette denrée sur le fleuve, depuis Chaingy jusqu'à la rivière du Rollin.

Euspicius et son neveu Maximinus fondent à Miciacum (Sanctus Maximus Miciacensis), à deux lieues d'Orléans, une abbaye qui devient très vite une véritable pépinière de missionnaires et d'éducateurs pour la population. Elle a sans doute la plus importante bibliothèque de l'époque, et nous retrouverons bientôt quelques personnages marquants qui seront tous passés par ses bancs d'étude.

Une personnalité royale était entrée au monastère de Micy, semble-t-il, dès sa fondation, Léonard : Clovis s'était débarrassé de Rigomer et Raghenaer, membres de la famille mérovingienne. Rigomer avait eu deux fils : l'un, né à Orléans s'appelait Liphard*, son frère Léonard était né à quelques kilomètres, dans un hameau appelé Ormes.et l'on retrouvera son nom dans celui de nombreux villages de Beauce entre autres mais aussi dans les annales bien plus tardives des cathares qui le considéreront comme un martyr (sans préjudice de la valeur morale de ce brave Léonard, il faut croire que l'église naissante était bien moins difficile qu'aujourd'hui dans ses procès en canonisation, les saints de cette époque sont légions et on devait en croiser tous les cent pas).

En quelques années, le monastère de Micy a acquis un rayonnement qui amène nombre de disciples à se joindre à la tâche que s'est fixée Maximinus, qu'on appellera bientôt Saint-Mesmin.
Il défriche, draine, remblaie, assainit, améliore et cultive ce morceau de terre qu'il a trouvé marécageux et qui maintenant est un modèle d'agriculture.
Il construit aussi : une abbatiale pour les moines, et des maisons et dépendances à côté qui deviendront le bourg de Saint-Mesmin,
des moulins sur le Loiret pour moudre ses récoltes, et un hôtel-Dieu pour recevoir les malades, car le sud de la Loire à cette époque subit un climat malsain eût égard aux nombreux marécages.

Il semble que le travail fourni pour améliorer le terrain soit transposable aux âmes en friches et aux marécages de l'esprit de ses contemporains, expliquant sans nul doute la réputation de sainteté qui auréole Mesmin de son vivant.
On parle d'un dragon à l'haleine pestilentielle vivant dans la contrée, dans une grotte des rives de Loire, et que Mesmin combat (la vérité est sans doute plus dialectique que fantastique, car la grotte en question est un lieu de réunion druidique qui doit fort gêner le moine dans sa mission évangélique).
Ils en meurent tous deux : le dragon en 510 d'après la légende, Saint-Mesmin en 520, succombant jeune encore, à une fièvre lente.

Le corps du saint homme est inhumé dans la grotte du bord de Loire qui, disait-on, était le refuge du dragon.

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Attiré lui-même par la réputation de Mesmin, Avitus, celui-là même qui avait transmis à Clovis le courrier de l'empereur d'orient, était entré à Micy puis l'avait quitté depuis quelques années, quand Mesmin meurt. Avec deux de ses compagnons moines, ils étaient allés chercher la paix en pleine Sologne, en un endroit appelé "tremble-vif", sans doute à cause des fièvres assez répandues dans cette zone marécageuse à cette époque. De ses deux compagnons, l'un se nommait Viator qui deviendra Saint-Viâtre, l'autre Laetus, qui deviendra Saint-Lié.

Les religieux du monastère recherchent Avitus, le retrouvent, et l'élisent comme abbé, ce que confirme l'évêque d'Orléans.Viator reste à tremble-vif où se créera un bourg qui portera son nom, Laetius va chercher la solitude en forêt d'Orléans, où plus tard naîtra le bourg de Saint-Lié.

Avitus administre durant une assez longue période le monastère de Micy, puis, repris par un extrême désir de solitude, il se retire dans une profonde forêt près de Châteaudun. Là, il se livre à la vie ascétique la plus rigoureuse et fonde un nouveau monastère qui prendra le nom de Moustier-Saint-Avit.
Après sa mort, les habitants de Châteaudun disputent à ceux d'Orléans le privilège de garder ses reliques. L'évêque d'Orléans tranche le dilemme en découpant le cadavre, accordant aux habitants de Châteaudun le bras et la main qui les avaient bénis, mais gardant son corps à Orléans. Celui-ci est inhumé en l'église dédiée à Saint-Georges mais qui prendra par la suite le nom de Saint-Avit .

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Vers cette époque (env. 590) vit, sur une terre limitrophe de Chaingy, (domaine dépendant de Micydont nous avons déjà parlé), un homme nommé Agylus, vicomte d'Orléans.
Un esclave de cet homme s'étant enfui, Agylus lui fait la chasse. L'esclave se réfugie dans la grotte du dragon, sépulture de Saint-Mesmin, dans le domaine de Micy. Agylus et son cheval sont miraculeusement frappés d'immobilité en arrivant sur les terres du monastère et ne peuvent retrouver le mouvement que lorsqu'Agylus décide de renoncer à sa chasse.
Plus tard, il fera donation de ses domaines pour une part à Micy, pour une autre part à l'abbatiale de Saint-Aignan à Orléans. On l'appellera Saint-Ay et son domaine gardera son nom. C'est maintenant un charmant petit bourg surplombant la Loire entre Orléans et Meung.

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C'est Théodulphe, évêque d'orléans qui introduisit à Micy la règle bénédictine, à la fin du VIIIe siècle. L'abbaye fut dévastée plusieurs fois par les Normands et sa longue postérité au moyen-âge fut interrompue par la guerre de cent ans et souffrit beaucoup des guerres de religion. Les Feuillants, appelés par le cardinal de La Rochefoucauld, abbé commendataire, prirent possession de Micy, que les Bénédictins abandonnèrent. La mense abbatiale avait 12000 livres de revenu et Rome percevait une taxe de 200 florins.

L'abbaye de Micy aurait disparu à la Révolution Française, vers 1792 Il n'en resterait rien, pas même des ruines.

Note * : Liphard s'intéressa surtout aux lettres et à la jurisprudence. Il fut comte d'Orléans, et on peut penser que cette charge était délicate dans une période aussi trouble, alors que trois codes différents s'appliquaient selon la nationalité des personnes en cause.

Agé de quarante ans, Liphard renonce à sa vie civile qui ne devait pourtant pas être des moins enviables, et entre à son tour dans la cléricature, à Micy. Il y reste quelque temps, puis quitte le monastère pour chercher un lieu de solitude où, accompagné d'un autre religieux nommé Urbice, il puisse méditer.

Il trouve ce lieu près de la Loire, sur le bord de la Mauve, petite rivière alors à l'état de marécages. A son époque, existent à cet endroit les ruines d'un ancien oppidum gaulois sur une hauteur près du fleuve. Il y construit sa cellule et se met au travail. Avec ardeur, il recommence à Meung-sur-Loire ce que Saint-Mesmin avait fait quelques décennies plus tôt à Micy : défrichage, assainissement, drainages, construction d'une chapelle, culture des terres et des âmes. Liphard fonde à Meung une école qui va très vite prendre de la renommée.

Les mêmes causes produisant, dans ce cas, les mêmes effets, Liphard a bientôt la même réputation de sainteté que son aîné en religion.