ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
  Origines -Temps des Mérovingiens
   
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ABBAYE
--SAINT-VICTOR--


   Saint-Victor (Bouches-du-Rhône, 13)
  Fondation environ 415
   Bénédictins
aujourd'hui : Basilique, monument historique de la ville de Marseille

 


A l'époque hellénistique, le site de Massilia (le nom phocéen de Marseille) sur lequel sera bâti le monastère Saint-Victor était une carrière, avant de devenir nécropole chrétienne sous l'empire romain, principalement sous les actuelles rues Sainte et Paradis, nécropole bâtie autour des dépouilles de deux martyres, executés sous le règne de Dèce, vers 250, peut-être celles de Volusianus et Fortunatus, mais ce ne sont là que conjectures, bâties sur des informations découvertes au travers des vestiges archéologiques de la crypte de l'abbaye : en l'occurence, une pièce frappée sous Dèce, retrouvée dans le mortier de fermeture des tombes, ainsi qu'une plaque portant inscription des noms des martyres supposés, trouvée dans les cryptes en 1799 .
 
Quant à Victor, éponyme de l'abbaye, on ne sait quasiment rien de lui, sinon qu'il aurait été officier chrétien, probablement dans une légion thébaine aux ordres de Maurice, légion composée entièrement de chrétiens, qui fut entièrement massacrée par l'empereur Maximien (Maximien avait été associé par Dioclétien à la tête de l'Empire, Dioclétien régnant sur l'Orient, Maximien Hercule sur l'Occident).C'est Euchère, archevêque de Lyon de 435 à 450 qui relate pour la première fois ce martyre de 6666 hommes, qu'il date de 302 : voir saint Maurice.
 
Deux sarcophages, reposant désormais dans la chapelle Saint Mauront, ont servi d'ossuaire à quelques reliques, celui de saint Maurice pour l'un, celui de ses compagnons pour l'autre .
 
Pour plus de détails sur les sarcophages de ladite chapelle, voir sur le site suivant, le plus complet sur Saint-Victor :
 
http://perso.pacwan.fr/saint-victor/index1.htm
 
La fondation du monastère par Jean Cassien se place aux environs de 415.
 
L'évêque devint alors seigneur de la ville haute, et le monastère Saint-Victor obtint la seigneurie de quelques quartiers, au sud du port. Précisons que le monastère était hors les murs de Massilia.
 
440, l'église fondée par Cassien est consacrée memoria martyrum.

--chapelle du Ve siècle
 

 
De 750 à 960, les évêques de Marseille résident à Saint-Victor. Saint-Mauront est abbé de Saint-Victor en 780 : il donnera son nom à une chapelle dans les cryptes de l'église, et qui contient de nombreux sarcophages.
Théodebert, évêque de 822 à 841, obtint pour Saint-Victor trois diplômes impériaux qu'il aurait sollicité en personne auprès de Louis le Pieux (empereur d'Occident et roi des Francs de 778 à 840) et, plus tard, de son fils Lothaire (empereur de 840 à 855).

Ces deux monarques lui confirmèrent la donation que Charlemagne avait fait en faveur de l'abbaye, et qui concernait « le droit sur le sel et autres marchandises, ainsi que des droits de douanes et d'ancrage sur les bâtiments venant au port de la ville de Marseille ». Lothaire fut d'ailleurs plus généreux que son père, puisqu'il « prit le monastère sous sa protection et lui accorda les immunités les plus étendues, défendant à ses officiers de lui imposer aucune charge ni aucune contribution ».

De telles faveurs, accordées à une abbaye de la part du pouvoir royal, n'étaient pas innocentes. En fait, c'est par ce moyen que « le monachisme entre alors dans les vues gouvernementales en tant qu'auxiliaire zélé du pouvoir ». Par exemple, Louis le Pieux développa en la matière toute une stratégie : voyant que le contrôle de l'autorité impériale était inefficace dans les régions du Sud de la France, ce fut pour lui « une bonne mesure politique que de constituer, par le biais des monastères, des équipes dévoués d'administrateurs ecclésiastiques ». Ainsi, l'empereur gagnait l'appui de l'aristocratie locale qui fournissait le personnel monastique.

L'abbaye bénédictine de Saint-Victor de Marseille aurait pu dès lors jouer un rôle important, si, dans cette région de Provence, les nombreux raids de barbares (que les documents de l'époque nomment gens pagana et barbarica ) n'avaient mis un terme à son existence : le monastère aurait été entièrement ruiné vers la fin du IXe ou au début du Xe siècle.

Il ne fut reconstruit que plus tard, par les soins de Honorat II. Ce dernier, parent du premier Vicomte de Marseille et chargé de l'épiscopat de cette ville en 948, « restaura l'illustre abbaye, y rétablit le vie monastique et donna des abbés aux religieux qu'il y avait introduit ». Il lui restitua « de nombreux domaines qui avaient jadis appartenu à ce monastère, et qui étaient alors uni à son évêché ». Chose plus remarquable encore, « il réclama avec zèle la restitution de ceux de leurs biens que des particuliers et le Comte de Provence lui-même détenaient injustement ». D'autre part, « il autorisa le monastère à rechercher leurs anciennes propriétés et à en poursuivre le recouvrement ».

Ce lien d'un évêque avec une puissante famille aristocratique semble être un trait caractéristique du Xe siècle. Lorsqu'on étudie les généalogies des membres du haut clergé qui occupèrent les divers sièges épiscopaux de la région méditerranéenne, on constate, comme pour celui de Marseille, que ce sont surtout avec les familles Vicomtales qu'ils sont apparentés.

En 977, le nouvel évêque de la ville, Pons Ier, parent de Honorat II, continua l'oeuvre de ce dernier. Et en 1005, le moine Guifred ou Wilfred (Wifredus), originaire de l'abbaye de Psalmody (Gard), devint le premier abbé de Saint Victor. Celui-ci « mit le monastère dans un merveilleux état de prospérité et en assura l'avenir ». Ayant obtenu le consentement du Pape et du Roi, Pons Ier « émancipa l'abbaye de toute autorité étrangère, voulant qu'il vécut de sa vie propre et indépendante, sous la règle de Saint Benoît et à la direction de ses abbés, comme les autres monastères réguliers, sans être assujetti à quelque personne que ce pût être, si ce n'est à titre de défenseur ».

Wilfred entreprit de grands travaux, suite à la dévastation de l'abbaye par les Sarrasin. La renommée de l'abbaye s'étendit au point où vinrent, d'un peu partout au Sud, des appels à reconstruire la vie monastique décadente de certains monastères.

C'est vers 1020 qu'Isarn, moine Catalan, fut nommé abbé de Saint-Victor, charge qu'il devait exercer jusqu'à sa mort, le 24 septembre 1047. La plaque tombale du saint est conservée dans la chapelle Saint-Mauront et date de la deuxième partie du XIe siècle, tailllée dans le fond d'une cuve de sarcophage antique. Comme le souligne Paul Amargier, « ce dernier doit être regardé comme le véritable fondateur de la puissance victorine, cet empire monastique dont il sut jeter les bases, grâce à une action si spectaculaire qu'elle lui valut d'être proclamé "saint" et de jouir ainsi du privilège d'une "vita" ».

C'est en 1040 que le pape Benoit IX consacre l'église.

Sous la houlette des deux premiers abbés de Saint-Victor, se fait le développement du culte des martyrs, des saints, et en particulier de la Vierge Marie sur la " confession " des martyrs : Notre Dame de Confession. Cette époque voit un grand rayonnement de Saint-Victor en Catalogne et en Sardaigne, en particulier.

Il nous faut souligner aussi les importantes concessions que l'abbaye obtint de la part de Rome. En effet, en 1009, le pape Jean XVIII (1003-1009) « exempta le monastère de toute juridiction, soit des évêques de Marseille, des Vicomtes de cette ville, ou même des Comtes de Provence ». Saint Léon IX (1048 à 1054) confirma ces privilèges en 1050 et la soumit immédiatement à l'église romaine.

Bernard le Bienheureux, abbé de Saint-Victor de 1064 à 1079 était un des deux ambassadeurs délégués par Grégoire VII (1073-1085) à la Diète de Forchheim, où les princes allemands déposèrent l'empereur Henri IV. Il a été saisi par un des partisans d'Henri IV et passé plusieurs mois en prison, à la suite de quoi Grégoire VII le fit légat en Espagne et le récompensa de ses services en exemptant saint-Victor de toute juridiction autre que cellle du Saint-Siège.

En 1079, Grégoire VII , connu pour sa réforme de l'église, ajouta à ses privilèges « qu'aucun empereur, roi, duc, marquis, archevêque ou évêque, ni aucune puissance humaine ne présume d'y exercer aucune violence, ni aucune juridiction ».

Cette indépendance d'une abbaye à l'égard des autorités épiscopales et laïques, accordée pour Saint Victor au début de l'an Mil, était un fait annonciateur de profonds bouleversements dans l'histoire de l'Eglise française, lourds de conséquences pour l'avenir. Avant le Xe siècle, les monastères avaient été plus ou moins indépendants les uns des autres et, les uns les autres, dépendant de l'évêque diocésain. Mais à cet état de choses « tendait à s'en substituer un autre qui devait conduire à la notion d'ordre monastique, où les monastères seraient affiliés les uns aux autres et les uns et les autres soumit à un chef d'ordre qui, lui-même, dépendrait du pape ». Cette hiérarchie préfigure en fait celle qu'imposera la réforme grégorienne à partir des années 1060 - 1080, et principalement sous l'instigation du pape Grégoire VII .

Notons enfin pour ce sujet, que le monastère Saint-Victor de Marseille fut « le point d'appui de la politique grégorienne en Méditerranée Occidentale ».

13 juillet 1195, Bulle du Pape Célestin III, accordant des privilèges à la confrérie de Notre-Dame de Confession.

Durant la première moitié du Xllle siècle, le Bienheureux Hugues de Glazinis, (†1250), sacristain de Saint-Victor, entreprend la reconstruction et l'agrandissement de l'église (nefs actuelles).
 
 Le 28 septembre 1362, Guillaume Grimoard, natif de Grisac, dans le diocèse de Mende, Abbé de Saint-Victor, est élu pape et prend le nom d'Urbain V.
   
1365. Il rend visite à Saint-Victor et consacre le nouvel autel de l'église supérieure le 15 octobre.
Il veut ramener la papauté d'Avignon à Rome. S'embarque à Saint-Victor le 19 mai 1367.
Grand bienfaiteur de Saint-Victor, il agrandit l'église, prolonge le sanctuaire, construit le transept et la tour qui porte son nom, entoure l'abbaye de hauts murs crénelés, accorde à l'abbé juridiction épiscopale, lui donne comme diocèse les faubourgs et villages au sud de la ville.
Il meurt en Avignon le 19 décembre 1370.
Le 30 mai 1372, les restes d'Urbain V sont transportés à Marseille et placés à Saint-Victor, dans un tombeau monumental que Grégoire Xl avait fait préparer. Quelques années avant 1727, ses restes sont enlevés de son tombeau et déposé dans "le temple". Depuis, toute trace en a été perdue.
 
Perdue, aussi, la bibliothèque de l'abbaye, problème non élucidé à ce jour. On connaît son contenu, extrêmement riche en manuscrits antiques, par un inventaire de la dernière moitié du douzième siècle.On pense qu'elle aurait pu être dispersée au milieu du seizième siècle, probablement entre 1579 et 1591. M. Morhreuil suppose que Jules de Medicis, abbé de Saint-Victor de 1570 à 1588, aurait donné cette richesse en présent à Catherine de Medicis. Il devient alors aisé de penser que que tous ou beaucoup des livres soient devenus la propriété du roi, sans compter que Mazarin fut lui-même abbé de Saint- Victor en 1655.
 
La laïcisation de l'abbaye été décrétée par Clément XII, le 17 décembre 1739,
érigée en chapitre noble, affecté à la seule noblesse provençale.
 

En 1774, Louis XV accorde aux chanoines le titre de comtes.
1792: L'église est desservie par des prêtres assermentés.
En 1794, l'abbaye et les deux églises sont dépouillées de leurs trésors. Les châsses d'or et d'argent sont portées à la Monnaie. La plupart des reliques des saints et autres richesses sont brûlées. L'église devint un dépôt de paille et de foin. On logea des forçats dans les cryptes.
En 1797, André-Elzéar de Clapiers préside aux commencements de la paroisse (premiers actes de catholicité en juillet 1797, conservés dans les archives paroissiales).

 
XIXe siècle :


En 1802-1803, destruction des restes des bâtiments monastiques. L'église devient paroissiale en 1804. Renouveau de la vie religieuse et du pèlerinage de la Chandeleur.
Le 19 mai 1804, veille de Pentecôte, l'église supérieure est purifiée, rendue au culte et devient paroissiale.
Le lendemain, 20 mai, on rapporte la Vierge Noire
, en noyer polchrome du XIIIe siècle, de l'église de Saint-Jérôme (aujourd'hui Saint-Charles), à Saint-Victor.
Le 2 février 1822, la Vierge Noire est descendue dans sa chapelle souterraine enfin restaurée.
La grande restauration intérieure de l'église supérieure.

2 février 1886, rétablissement de la Confrérie de Notre-Dame de Confession, par Mgr Robert, évêque de Marseille, et confirmée par un Bref du Pape Léon XIII, le 26 mars 1887.

 
XXe siècle :

Le 20 septembre 1934, le Pape Pie XI a élevé l'église paroissiale de Saint-Victor au rang de Basilique.
Après la guerre de 1939-1945, vitraux de Max Ingrand et réparations.
En 1963, la Ville de Marseille et le Ministère des Affaires Culturelles entreprennent les fouilles et la restauration complète de l'église et des cryptes.

Monuments Historiques et Ville de Marseille en 1997

 


Sources :

http://www.marseilles.com/musee/monument.html#victor (photo st victor 2)
http://www.chez.com/saintvictor/victor_h.htm#top
http://perso.pacwan.fr/saint-victor/index1.htm (site complet)
http://newadvent.org/cathen/