La querelle des abacistes
et des algoristes : révolution et continuité
- L'abaque
en France, au XIXe siècle
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- La querelle
des abacistes et des algoristes : révolution et continuité
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- Un des
rares abaques qui nous restent de la Renaissance. Celui-ci est
du XVe siècle et fait partie de la collection du musée
historique de Dinkels-Buhl en Allemagne.
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- L'existence de très
nombreux traités d'arithmétique, du XVIe au XVIIIe
siècle, mentionnant l'usage de l'abaque indique à
quel point la pénétration de la numération
écrite en Europe a été lente. Les algoristes
et les abacistes se disputaient entre professionnels, mais le
peuple, du plus humble au plus cultivé, continuait à
avoir une grande méfiance ou une ignorance totale du calcul
écrit. Nous allons en donner les meilleures preuves:
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- Montaigne (1533-1592) est un exemple intéressant
pour comprendre l'aspect élitiste du problème:
Michel Eyquem de Montaigne est ami de François II, puis
de Charles IX. Il sera conseiller au parlement de Bordeaux, puis
maire de ladite ville. C'est un des hommes les plus érudits
de son temps, et pourtant... il avoue ne savoir compter: "ni
a get [au moyen des jetons] ni a plume".
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- La situation demeura inchangée
au XVIIe et XVIIIe siècles dans les administrations de
la vieille Europe. Les fonctionnaires des Finances britanniques
ne connaissaient, jusqu'à une date récente, pas
d'autre méthode pour calculer l'impôt de leurs contribuables.
Et comme l'abaque s'appelait chez eux "the Exchequer"
(l'Echiquier), le ministre des Finances de sa Gracieuse Majesté
s'appelle toujours "le Chancelier de l'Echiquier".
- Le journal de Samuel Pepys, fonctionnaire anglais nommé en 1662 au poste
de responsabilités témoigne, par ailleurs, des
affres connus dans l'apprentissage de l'abaque. D'instruction
très honorable, ayant occupé différents
postes d'importance, Pepys se trouva pourtant, au sein de ses
nouvelles fonctions, dans l'impossibilité d'effectuer
les calculs nécessaires à la vérification
des achats de bois de charpente conclus pour son administration.
Il décida donc de parcourir l'Europe pour maîtriser
l'art du calcul. Pendant plusieurs mois, il dut se lever chaque
jour à quatre heures du matin pour apprendre les règles
difficiles de l'abaque à jeton, imposée par son
administration.
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- Toutes les administrations,
tous les commerçants et tous les banquiers, ainsi que
les riches particuliers avaient alors leurs propres tables à
calcul, et faisaient frapper leurs jetons sur du simple métal,
de l'argent ou de l'or, selon leur rang ou leur fortune. "Je
suis de laiton, je ne suis pas d'argent!" disait-on
à l'époque pour dire que l'on n'était ni
riche, ni noble.
Jeton de calcul métallique
retrouvé dans le château de Montaigne il y a une
vingtaine d'années. Il porte les armes de Michel de Montaigne,
entourées du collier de l'ordre de Saint Michel de Montaigne
(agrandir l'image bien sûr, pour plus de détails).
Sa matrice, elle, avait été déjà
retrouvée il y a un siècle.
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- On peut trouver de nombreux
échos à cette allégorie de la condition:
- Montaigne, une nouvelle fois, dans ses fameux Essais:
- "Nous jugeons de
luy non selon sa valeur, mats à la mode des jetons. selon
la prérogative de son rang" (Essais, livre III,
éd. de Bordeaux, 192, I. 17).
- De même, Georges de Brébeuf (1618-1661), reprenant la formule
de Polybe à son propre compte:
"Les courtisans sont des jetons
Leur valeur dépend de leur place;
Dans la faveur, des millions
Et des zéros dans la disgrâce."
Fénelon ne parle pas d'autres choses en faisant dire à
Solon (alors qu'il l'a sans doute lu chez Polybe):
"Les gens de cour ressemblent aux jetons dont on se sert
pour compter: ils représentaient plus ou moins selon la
fantaisie du prince."
- Et Boursault
(1638-1701) :
"Mais n'oubliez jamais, si j'obtiens votre grâce,
Qu'eussions-nous lun et lautre encore plus de pouvoir
Nous sommes des jetons que le roi fait valoir".
Madame de Sévigné, enfin, qui adresse ce mot à
sa fille en 1671:
"Nous avons trouvé, avec ces jetons qui sont si
bons, que jaurais eu cinq cent trente mille livres de bien,
en comptant toutes mes petites successions".
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- Labaque de cette époque
consistait également en une table sur laquelle les divisions
tracées d'avance, séparaient les différents
ordres dunités. Les nombres y étaient figurés
au moyen de jetons faits des matières les plus diverses,
et dont la valeur dépendait de leur emplacement. Sur les
traits consécutifs, en partant de bas en haut, un jeton
valait ainsi une unité, une dizaine, une centaine, un
millier, et ainsi de suite.
Entre deux traits consécutifs un jeton valait 5 unités
de la ligne immédiatement inférieure.
- Les meilleurs spécialistes
de la division et de la multiplication sur la table à
calcul étaient sans conteste les maîtres italiens,
auprès desquels il était conseillé d'envoyer
les élèves doués...et travailleurs! Car,
il faut le rappeler, il fallait autant bûcher que pour
un doctorat d'aujourd'hui pour maîtriser sur l'abaque les
deux opérations précitées.
- En Italie, cependant, les
progrès vers l'arithmétique moderne seront vite
plus sensibles, et c'est dès le XVI e siècle, que
des milliers d'écoliers de Florence ou de Venise noteront
les chiffres "arabes" sur du papier, et que bien des
maîtres d'abaques se reconvertiront en professeurs de calcul
écrit, tel le mathématicien Tartaglia (1499-1557).
C'est sans nul doute cette adaptabilité plus rapide aux
nouvelles techniques qui permettra aux italiens de faire rentrer
la comptabilité dans une ère plus moderne.
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- La numération écrite
fut rapidement adoptée par les savants et les scientifiques
de l'époque (mathématiciens, astronomes), mais
les plus conservateurs (commerçants, financiers, banquiers,
fonctionnaires) auront bien du mal à se séparer
de leur vieil abaque, vérifiant pendant longtemps par
ce moyen la validité des résultats trouvés
avec leur plume.
Abaque à
trois divisions (XVIe ou XVIIe siècle - Musée historique
de Bâle) utilisée en Suisse et en Allemagne pour
le calcul des taxes et des impôts. Les lettres y figurant
(pour cela, agrandir l'image, bien sûr) sont (de bas en
haut) : d pour les deniers (denarius), s pour les
sols ou les shillings (solidus), lb ou lib pour
les livres (libras); puis X, C et M pour
10, cent et mille livres.
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- C'est la Révolution
Française qui sonnera l'hallali de l'abaque, en France.
Son usage sera alors interdit dans les écoles et les administrations.
On avait enfin compris, comme dit un témoin de l'époque,
que "tout l'avantage d'un piéton libre et sans
charge sur celui qui est lourdement chargé, le calcul
à la plume l'a sur le calcul à jetons".
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- L'abaque en France, au XIXe siècle
- N'allez pas croire que c'est
un retour en force, non, mais la France de Jules Ferry est celle
qui mise beaucoup sur l'éducation. Alors, on fait tout
ce qu'il faut pour alimenter la matière grise de nos petits
bouts de chou. Dès la maternelle, ces derniers
sont initiés au calcul
par le biais de l'abaque, qui leur apporte des notions d'ordre
décimal et leur apprend à compter. Cet abaque là
ne ressemble pas aux abaques à jetons qui ont longtemps
sévi en Europe, mais sont plutôt des espèces
de boulier.
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- Le modèle le plus
utilisé dans les écoles a été imaginé
par Madame Pape-Carpentier, et se compose de tiges métalliques
recourbées en leur milieu à angle droit, ayant,
par conséquent une partie verticale et une partie horizontale.
A chaque tige sont enfilées neuf boules dont la grosseur
varie de manière à représenter d'une façon
frappante, la valeur croissante des unités, dizaines,
centaines, etc. Si lon veut, par exemple, donner aux élèves
la représentation de trois unités, on fait descendre
sur la tige des unités (celle qui porte les boules les
plus petites) trois boules dans la partie verticale ; les autres
demeurent sur la partie horizontale; veut-on ajouter deux unités
on fait descendre deux autres boules; veut-on, au contraire,
retrancher deux unités, on fait remonter deux boules dans
la partie horizontale, etc. On opère de même avec
les boules représentant les dizaines, les centaines, etc.
On peut donc, avec un tel appareil, faire exécuter aux
élèves les quatre règles et, ce qui est
le but poursuivi, leur donner lhabitude du calcul mental.
Il va sans dire quil existe une infinité de types
de bouliers. Nous en citerons seulement deux autres variétés
intéressantes: le
boulier numérateur et compteur Couvrechef
et un
tableau numérateur
employé aux Etats-Unis
, qui demande quelques explications. Il sagit
dun tableau comportant dix rangées, composée
chacune de dix cercles égaux.
Les cercles de la première rangée contiennent un
point noir ; ceux de la seconde deux points noirs, ceux de la
troisième trois points noirs, et ainsi de suite jusquà
la
dixième dont les cercles renferment dix points noirs.
Ces points ne sont pas répartis dans les cercles dune
façon identique, de manière à habituer les
entants à compter
dans un ordre quelconque une réunion dobjets. On
comprend que chaque rangée représente les multiples
de 2, de 3, etc... à partir de 1 jusquà 10.
Cest en somme, une table d'addition et de multiplication
assez ingénieuse.
- sources
:
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- Compter
avec des jetons : tables à calculer et tables de compte
du Moyen Age, Alain Schärlig, aux Presses polytechniques
et universitaires romandes, 2003
- (table
Dinkelsbuhl)
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