ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
DE ---AB
à -
ABABOUINE
 
-ABABABITE-


 
Identité
Bois
Spécificités techniques
Commerce
----Artisanat : Le mastate Guaymi
 
 
Identité

 A1  B1
 A2  B2
 A. Castilla elastica : 1) arbre jeune ; 2) feuilles et fleurs, fruits mûrs
B. Poulsenia armata: 1) 2) feuilles et fruits, fleur
 
Nom donné à divers espèces d'arbres d'Amérique Centrale et du Sud de la famille des Moraceae, de la tribu Castilleae, dont l'une est connue dans les pays occidentaux pour le commerce de son bois (Poulsenia armata, image B) et moins pour son utilité dans l'économie indigène d'Amérique Centrale, tout comme une autre espèce, Castilla elastica* image A, les deux espèces de la même famille restant souvent confondues. Leur distribution commence, le plus au nord, de la région de Vera Cruz, au Mexique, jusqu'en Bolivie.
 
Les fleurs sont jaunes verdâtres, les fruits sont sucrés, au goût se rapprochant de l'ananas, et des épines couvrent les petites branches, les pétioles, les stipules.
 
* syn : Castilla guatemalensis Pittier ; Castilla
gummifera Pittier ; Castilla lactiflua O.F. Cook ; Castilla
panamensis O.F. Cook ; Ficus gummifera Bertol.

ABABÁBITE, Carnero, sont leurs noms mexicains, Mastate (du nahuatl maxtlatl) au Costa-Rica et au Panama (où on le nomme aussi Cocua), Tumu au Honduras et au Nicaragua, Avichuri, Corbon, Cuuca, Caucho, en Colombie, Tachori, tachore en Bolivie, Damagua, Majagua en Equateur, Palo de vaca, Higueron, Jabillo, au Venezuela, Amape doce, Gaucho macho, au Brésil, yanchama ou llanchama en Amazonie péruvienne (cowtree, rubber tree chez les Anglo-saxons)

De 20 à 30 mètres de hauteur (jusqu'à 55m), le tronc fait en moyenne un diamètre de 90 cm pour le poulsenia armata, mais il est moins gros pour le Castilla.

 

Bois

La particularité du bois de poulsenia armata, très brillant, est l'absence de duramen, ou parfois, l'impossibilité de le distinguer de l'aubier jaune pâle, mais qui tourne au marron sitôt exposé à l'air. Le grain est de fin à grossier. Ce bois n'a ni odeur ni goût particulier.


Spécificités techniques

Son séchage est moyennement correct, sans altération notable. Le rétrécissement après séchage est de 3,8 % dans les dimensions radiales, et de 6,9 % dans les dimensions tangentielles. Son sciage est assez imprécis quand il est vert. Il est difficile à raboter parfaitement quand le grain est grossier. A noter que les outils s'émoussent rapidement, à cause de sa haute teneur en silice.
Les finitions sont satisfaisantes, quoique les teintes attaquent le bois, qui est aussi dégradé par la pourriture des champignons et les piqûres d'insectes.
Le collage du bois se ferait sans problèmes.

Commerce


Constructions d'intérieur, placages, composants de meubles, papiers.


Les autochtones des pays où il est présent font toutes sortes d'objets avec l'intérieur de son écorce, comme chez les indigènes du Costa-Rica (Cabécar, Bribri, Awapa, Maleku, Boruca, Térraba, et surtout, Guaymi) par exemple, où l'on en fait des paniers, des couvertures, des tapis, mais aussi des bandes qui soutiennent par la tête des porte-bébés dorsaux, des paniers de maïs ou d'autres denrées.
Quand ces indigènes du Costa-Rica vont pour récolter le mastate, leur coutume leur défend de manger de la nourriture sèche (pain, tortillas, plantains), ce qui aurait pour conséquence, selon leurs croyances, de lier fibre et écorce, au point d'avoir beaucoup de mal à ôter l'écorce et causer comme cela de nombreux trous. Au contraire, en mangeant de la soupe, par exemple, le travail en serait grandement facilité et l'écorce se détacherait ainsi avec aisance. C'est le dieu créateur Sibo qui aurait communiqué ces secrets aux indigènes, sachant l'importance que cette plante a pour eux. Cependant, en contrepartie, Sibo leur demande de les protéger et de ne point les détruire. Ainsi, un indigène découvrant un petit mastate aura soin de veiller à ce qu'il grandisse bien.
Pour faire des couvertures à partir de l'écorce du mastate, il faut trouver un arbre jeune, un vieil arbre ne conviendrait pas à cet usage. On coupe le tronc de la longueur désirée, on en ôte l'écorce et on la pèle pour en extraire la couche interne. Il faut beaucoup de dextérité et partant, d'expérience, pour ne pas faire de trou pendant cette opération d'écorçage. Quand le travail est fait soigneusement, la couche interne de l'écorce se détache comme une feuille de papier. On la bat ensuite avec une sorte de maillet, jusqu'à ce qu'il s'assouplisse et obtienne une vive couleur brune. On lave ensuite la matière obtenue et on la laisse sécher au soleil. Elle est ensuite prête à l'utilisation.
 
 
Artisanat : Le mastate Guaymi
 
 
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1, 2 et 3 : mastates Guaymi.
1. l'oiseau peut représenter un ancêtre.
2 peau de serpent (le serpent peut représenter la science curative du chaman. L'écorce de mastate sert dans la pharmacopée contre les morsures de serpent.
3 deux moutons.
4 divers mastates

Les Guaymis ( Ngäbe, Ngöbe) du Costa-Rica ne se contentent pas de faire des objets quotidiens à partir de l'ababite (mais eux, comme il a été dit plus haut, l'appellent mastate) : Ils en peignent l'écorce.

On pense que cette technique a été intensivement pratiquée par tous les peuples de la région avant la conquête espagnole. La culture du coton et le déboisement (par les Maleku, en particulier, vivant au nord du pays) ont contribué sûrement à son déclin mais, depuis quelques années, les Guaymis recommencent à peindre activement comme leurs ancêtres.

Il faut de longs voyages à travers la forêt tropicale pour trouver des arbres adéquats. Les arbres choisis, leur écorce est découpée verticalement avec la fibre, leur taille variant de par les défauts et les structures des branches du bois. Avec le bord émoussé d'une machette, on frappe de petits et nombreux coups pour détacher l'écorce. On les fait sécher au soleil, comme on a dit plus haut. Le matériau obtenu s'appelle mastate, comme l'arbre (bien que de nombreuses autres espèces soient aussi utilisées à cette fin). Il est mou est très façonnable: il est fréquent de les assembler pour faire des robes peintes et fleuries, par exemple.

Feuilles et racines, d'espèces qu'on ne peut préciser, permettent de faire des encres utilisées pour peindre le mastate. Les feuilles sont battues dans un pilon en bois pour en obtenir une pulpe fine qui, ajoutée à de l'eau, constituera l'encre. Un jaune très lumineux (subruder) est obtenu à partir de la cuisson d'une espèce de gingembre sauvage. Il est associé aux enterrements (Young 1994). Une fibre utilisée pour des sacs traditionnels (chacaras ou cran-ngabe) donne aussi un colorant marron-rouge profond. Des deux couleurs précitées, on obtient des teintes différentes en modulant la cuisson et l'évaporation des plantes utilisées.

La surface du mastate est poreuse, ce qui réclame plutôt des lignes géométriques, calligraphiques ou serpentantes. On y peint directement avec le doigt, avec une brindille entourée d'une ficelle, ou au moyen d'un chiffon, dont le bord est plongé dans le colorant. La production de mastate présente toutes sortes de motifs: de la symbolique sacrée traditionnelle au syncrétisme, avec symboles occidentaux (croix, signes du zodiaque), mais aussi des scènes de la vie quotidienne, des dessins de botanique, des animaux fantastiques, etc...


Les textiles llanchama (yanchama)

iEn Amazonie péruvienne, les Boras, comme d'autres, sont connus pour leur artisanat textile à partir du poulsenia armata, connu chez eux sous le nom de llanchama et qui, comme ailleurs, a donné son nom aux produits fabriqués. Ils fabriquent l'encre qu'ils utilisent pour décorer leurs vêtements à partir du huito (Genipa americana). Ils utilisent aussi le parchemin obtenu directement, comme une toile, pour y peindre :

Ana Maria Guevara, "Meditaciones sobre un ser de juguete ", technique mixte sur llanchama 71 x 63 cm.

Abel Santos Angarita, ethnie Ticuna (ou Tikuna) de Colombie, installation appelée Máscaras del alcanfor, sur papier yanchama, inspirée des maques de la Fiesta de la Pelazón, une cérémonie de la puberté.


artisanat amazonien fait de cuir et de fibre de yanchama.


artisanat Guaymi de Coclé, Panama. Costumes de danse rituelle cucua (kuqua) de 1910-1920, faits d'écorces de cucua (abababite), de crânes d'animaux, décorés de peintures. Vêtements recueillis en 1924 par le collectionneur Hyatt Verrill (1871-1954). Conservés au Smithsonian National Museum of the American Indian, Washington DC (réf. n° 13/733)


Les "diablicos" (diablos : diables) de la danse rituelle cucua au Panama, Cocle.


Sources :


http://www.windsorplywood.com
http://www.gwc.cccd.edu/SEVENTS/Gall.html
http://www2.fpl.fs.fed.us/TechSheets/Chudnoff/TropAmerican/htmlDocs%20tropamerican/
brosimumsutile.html
http://www.news.ai/build/woods.html
 
images :
 
http://www.galeriaoctagono.com/blog/?cat=12 (femme)
http://www.galerianamu.com/art/indigenous-contemporary-art/types/bark_fibre/work_artist.php (écorces peintes)
http://www.discoverlife.org/mp/20o?search=Castilla+elastica (botanique)
http://www.discoverlife.org/mp/20o?search=Poulsenia+armata (botanique)
http://biobio.com/Articles/craftplants.html (boras)
http://www.artcuba.com/ventas/show.asp?id=480 (guevara)
http://good-times.webshots.com/photo/2701353340058336098cNTbtw (poulsenia a)
http://www.thewoodexplorer.com/maindata/we970.html (bois)
http://www.lablaa.org/blaavirtual/exhibiciones/imagen-regional-06/leticia.html (yachama)
http://www.bolsosycarterasparadama.com/carteras_de_Moda_para_mujer_exclusivo.htm (sacs)
http://www.nmai.si.edu/searchcollections/item.aspx?hl=350&irn=141520 (danse)
http://www.nmai.si.edu/searchcollections/item.aspx?irn=143036 (danse)
http://folklore.panamatipico.com/articulo.php?articulo=39 (diablicos)