ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

-ABBAYE
 
 
Bède le Vénérable, 673 -735
 
1e partie : La vie

 
 
Saint John dictant au Venerable Bède, encres rouge et brune et aquarelle sur vélin, 352 x 235 mm (13 7/8 x 9 1/4 inches), Autriche, vers 1140, conservé au National Gallery of Art, Washington DC, USA
 
Deux détails sur cette image : moitié haute de l'image et Bède écrivant.
 
 

 

 


La vie

L'oeuvre 

 


 
 
 
La vie


A l'exception de pauvres informations éparpillées que nous possédons sur la vie de Bède, celle-ci est connue surtout de deux sources principales : Un appendice autobiographique à son "Histoire Ecclésiastique", et un récit de ses derniers moments, décrit dans une lettre du plus célèbre de ses étudiants, Cuthbert, adressée à un destinataire inconnu appelé Cuthwine.


Né à Monkton en 673, près de Jarrow, dans une famille paysanne originaire de Newcastle, Bède (Bæda, en vieil anglais, puis Beda ), qui devient orphelin dès l'âge de sept ans, est confié à l'abbaye de Wearmouth, où il est élevé par Benoît Biscop, le fondateur de ce monastère. Biscop fonde en 681 une abbaye soeur de la première, c'est l'abbaye de Jarrow. Bède s'y installera désormais avec près de vingt autres moines, sous la direction du premier abbé, Ceolfrid (Ceolfrith). Quelques mois après son entrée au monastère, la peste s'abat sur la région et tous les moines de Jarrow sont décimés, à l'exception de l'abbé et Bède lui-même.

Ce fléau s'était abattu sur l'Angleterre en 664, selon ce que rapporte Bède dans son Histoire Ecclésiastique de la nation anglaise. Il sévissait quasiment un siècle après sa première apparition (547) et avait saigné le pays entier durant vingt ans, mais encore plus l'Irlande, dont les témoignages contemporains assurent que c'est la moitié du pays qui fut anénantie. En Angleterre, il ravagea tout particulièrement le pays de Galles et la Northumbrie. Cette dernière, qui commençait à asseoir son pouvoir sur de nombreuses régions, s'affaiblit et perdit une bataille capitale contre les Pictes, celle de Nectansmere en 685.

On appelait peste jaune cette maladie qui jaunissait les corps avant tout autant qu'après la mort. Il pouvait s'agir d'une épidémie de variole, qui sévissait en Gaule à cette époque. D'ailleurs, Bède lui-même indique qu'elle aurait commencé au sud, zone de contact avec la Gaule ( mais aussi avec la traite des esclaves, les pélerins de terre sainte, etc...). Et si les témoignages ne parlent pas d'éruption (symptôme visible de la variole), il a pu se faire que la maladie ait frappé de manière rapide et violente une population qui ne connaissait pas la maladie et n'avait créé aucune défense pour la combattre. De plus, les témoignages sur les Indiens de la Nouvelle-Angleterre, touchés par une épidémie causée par l'arrivée des Britanniques, parlent aussi de corps très jaunes avant et après la mort.

Bède sera consacré diacre à dix-neuf ans, âge précoce, puisque c'est plutôt autour de vingt-trois ans qu'un jeune homme accédait à cette fonction. Il fut consacré prêtre à trente, à chaque fois par Jean, évêque de Beverley puis d'Hexham, et sur recommandation de Ceolfrid.

Bède représente l'idéal bénédictin, que lui apprit son précepteur, et que lui même avait dû approfondir à l'abbaye de Lérins. Bède passera toute sa vie au sein de Jarrow, le nez dans les livres, étudiant constamment, écrivant et enseignant aux jeunes moines de l'abbaye. Il semblerait qu'il n'ait fait que deux ou trois déplacements loin de Wearmouth-Jarrow : une fois à Lindisfarne et une autre fois à York.

Il étudiera de nombreuses disciplines, comme l'astronomie, la grammaire, la philosophie, la musique, s'enrichissant au contact des savants visitant la Bretagne, comme l'abbé Adrien ou Théodore de Tarse, évêque de Canterbury, qui lui permet d'approfondir le grec en se plongeant chaque jour dans l'oeuvre d'Homère, rapporté d'Orient. Il apprit la calligraphie irlandaise de Trumbert, disciple de Chad, et de Sidfrid, qui étudiait avec Cuthbert sous la férule de Boisil et d'Eata. Acca, évêque d'Hexham et élève de Wilfrid , lui communiqua le savoir des usages romains, en particulier en matière de martyrologie.

Bède tombe gravement malade de son d'asthme le 24 mai 735, et jusqu'au 27, date de sa mort, il continuera à donner des leçons, et se dépêchera de mettre un point finalà sa traduction en anglo-saxon de l'évangile de Jean. Quand les derniers mots de l'ouvrage ont été dictés au copiste, le jeune Wilbert, Bède réunit les moines pour leur confier ses quelques biens personnels et rend l'âme en chantant le Gloria : "Gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit". Son corps est demeuré enterré à Jarrow jusqu'aux environs de 1022, date à laquelle sa dépouille a été translatée à Durham et placée avec celle de Cuthbert dans le choeur de la cathédrale, ce jusqu'en 1370, où les restes de Bède ont été déplacés dans un splendide tombeau de la chapelle Galilée. Ce dernier fut détruit en 1540, lors de la réforme, et les restes de Bède ont été de nouveau enterrés dans une autre tombe. La présente tombe aurait été érigée au-dessus de l'ancienne en 1831 : . On peut y lire la mention HAC SUNT IN FOSSA BEDAE VENERABILIS OSSA (dans cette tombe sont les os du Vénérable Bède). Une citation, extraite d'un livre de prières de Bède, a été sculptée par George Pace et accrochée sur le mur est en 1970, en mémoire de Dean Alington (1933-1951).

C'est à l'ensemble de ses connaissances, si diverses et si complètes dans toutes les parties de l'érudition de son temps, que Bède doit son surnom de Vénérable et l'influence qu'il exerça sur le mouvement intellectuel pendant tout le moyen-âge.

Alcuin et Paul Diacre honorent Bède du titre de Vénérable, Alcuin le proclamant aussi Beda Magister , et le terme de Vénérable sera institué au concile d'Aachen en 832, par la formule "venerabilis et modernis temporibus doctor admirabilis Beda". Il faudra pourtant attendre le 13 novembre 1899 avant que Bède soit fait Docteur de l'Eglise (Doctor Ecclesiae) par le pape Leon XIII. Sa fête, alors célébrée le 27 mai, a été reportée depuis au 25 mai.

Voir aussi :

Brown, George Hardin. Bede the Venerable. Boston: Twayne, 1987.

Hunter Blair, Peter. The World of Bede. (1970) Cambridge University Press, 1990.

Ward, Benedicta. The Venerable Bede. Harrisburg, PA: Morehouse, 1990.

 


-- - -